Vers une réforme globale de l’école tunisienne : la santé mentale et le temps scolaire au cœur du débat

Un important projet de loi est à l’étude au Parlement tunisien concernant une réforme globale de l’école, un texte qui entend notamment réduire drastiquement les heures de classe. Explications.
La Commission de l’éducation, de la formation professionnelle, de la recherche scientifique, de la jeunesse et des sports à l’Assemblée des représentants du peuple a engagé une réflexion d’envergure autour de deux propositions de loi majeures censées moderniser l’éducation dans le pays et sa mise en conformité avec certains standards internationaux en la matière, apprend-on la veille des congés de l’Aïd.
L’une porte sur le droit à la santé mentale en milieu scolaire, l’autre sur l’organisation du temps scolaire et l’instauration du système de la « séance unique ». Les députés examinent en effet désormais la possibilité de fusionner ces deux textes en une initiative législative unifiée, inscrite dans une révision du cadre éducatif que le Palais de Carthage appelle de ces vœux depuis qu’il a initié le chantier d’un Haut conseil chargé de l’Education.
Cette démarche s’inscrit dans « une volonté de repenser en profondeur le système éducatif tunisien, en tenant compte à la fois du bien-être des élèves et de l’efficacité pédagogique ». Lors d’une séance d’audition tenue cette semaine, les initiateurs des projets ont défendu une approche intégrée visant à améliorer le climat scolaire et à moderniser l’organisation des établissements.
Car depuis 10 ans le système autrefois montré en exemple, régresse : la Tunisie se classe généralement parmi les derniers pays dans le classement PISA de l’OCDE, souvent en 65e position sur 72 pays évalués, soulignant de faibles performances en sciences, mathématiques et compréhension. Bien que le pays affiche une bonne équité-genre, le niveau éducatif reste largement inférieur à la moyenne de l’OCDE, avec des difficultés chroniques.
La santé mentale des élèves, une priorité émergente
Au cœur des discussions figure la proposition de loi n°91-2025 relative au droit à la santé mentale scolaire, une notion repensée en théorie pour un meilleur confort des apprenants. Ses promoteurs plaident pour une reconnaissance explicite de ce droit au sein des établissements éducatifs, ainsi que pour le renforcement des dispositifs de prévention et d’accompagnement psychologique.
Ils pointent entre autres un déficit important en spécialistes au sein des structures régionales de l’éducation, entraînant des délais d’attente prolongés pour les élèves en difficulté. Pour y remédier, ils proposent l’affectation de psychologues directement dans les établissements, selon leur taille et leurs effectifs.
L’objectif affiché est double : améliorer le climat d’apprentissage et réduire les phénomènes néfastes en milieu scolaire, tels que le décrochage ou la violence. Les députés favorables à cette approche appellent également à intégrer ces dispositions dans une refonte globale de l’obsolète loi d’orientation de 2002, afin d’éviter la dispersion des textes et de garantir une meilleure cohérence juridique.
Réorganiser le temps scolaire : ambitions et contraintes
La seconde proposition, n°97-2025, s’attaque à la question sensible de l’organisation du temps scolaire. Elle prévoit notamment l’adoption du système de la séance unique dans les établissements publics, rompant radicalement avec le modèle actuel basé sur une double vacation matin/après-midi.
Ses défenseurs estiment qu’une journée scolaire continue, d’environ cinq heures, permettrait de mieux répondre aux besoins psychologiques et pédagogiques des élèves. Elle favoriserait également un meilleur équilibre entre apprentissage, activités culturelles et loisirs, contribuant ainsi à réduire la fatigue scolaire.
De nombreux élus ont toutefois exprimé des réserves quant à la faisabilité de cette réforme. Ils évoquent des obstacles concrets, tels que les contraintes administratives, les réalités sociales, l’insuffisance des infrastructures ou encore le manque de moyens logistiques : « Nous ne sommes pas en Scandinavie ! », a ainsi ironisé un député, pour qui le manque d’infrastructures pourrait jeter les élèves dans la rue. La mise en œuvre d’un tel système nécessiterait, selon les détracteurs du texte, une adaptation progressive et différenciée selon les régions.
Face à ces enjeux, la commission insiste sur la nécessité d’élaborer une vision contemporaine mais concertée avec l’ensemble des acteurs du secteur éducatif. De nouvelles auditions, des visites de terrain et des journées d’étude sont prévues afin d’aboutir à une réforme équilibrée, capable de concilier ambition et réalisme au service de l’intérêt de l’élève tunisien de plus en plus confronté à une paupérisation qui pousse dangereusement vers la ségrégation école privée / école publique.
