Municipales. Mélenchon superstar ?

Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, lors d’un meeting de campagne pour les municipales 2026. CHASSIGNOLE / AFP)
En général, dès que les bureaux de vote ont fermé leurs portes, les leaders des partis politiques font la sourde oreille à leurs dissensions pour se projeter vers la présidentielle (prévue pour 2027). Une fois n’est pas coutume, les politiciens ont préféré s’écharper en public, s’accusant mutuellement des pires maux, dont celui, bien entendu, d’avoir fait perdre au parti des voix précieuses qui auraient fait la différence.
Une fois, c’est Bruno Retailleau qui s’emmêle les pinceaux en appelant à « l’union des droites dans les urnes », qui comprendrait LR, le RN, l’UDR et Reconquête, présentée comme une panacée. Alors qu’à Nice, par exemple, le même Retailleau n’a pas hésité à lâcher un fidèle, Christian Estrosi, soutenu officiellement par LR mais qui a été jeté comme un mal propre pour le soutien d’un transfuge, l’ex-président du parti de droite, Éric Ciotti, qui est pourtant l’allié indéfectible de Marine Le Pen.
À gauche, au lieu de faire le mea-culpa de sa formation, Olivier Faure a préféré se défausser sur Jean-Luc Mélenchon, qui serait responsable de l’échec « des gauchos » dans plusieurs mairies où ils étaient pourtant partis favoris. Pour le patron du PS, Olivier Faure, Mélenchon « est devenu le boulet de la gauche ». Vite dit, vite fait, cette formule malheureuse semble s’appliquer au personnage lui-même, qui doit désormais faire face à une fronde interne.
Cette guerre des egos fait que l’actuel patron des socialistes doit essuyer un tir de barrage dans son entourage le plus immédiat, comme pour lui signifier peut-être que c’est bien lui « le boulet de la gauche ». Menée par Jean-Christophe Cambadélis, la fronde tente de rassembler les nombreux détracteurs de Faure pour remettre carrément en question son mandat de premier secrétaire.
Absent des écrans de télévision dimanche soir, le seul qui semble bien tirer son épingle du jeu, malgré des résultats somme toute modestes, c’est bien Jean-Luc Mélenchon, qui s’est gargarisé de l’issue de ces municipales en clamant : « Cette journée de vote aura confirmé et amplifié la percée au premier tour des listes présentées par le mouvement. » Un mantra répété depuis par les lieutenants du parti, faisant dire à Manuel Bompard « qu’en tout état de cause, LFI fait une entrée fracassante dans les conseils municipaux ».
Si pour LFI, ce scrutin local est une réussite totale, il faut néanmoins reconnaître que le parti de Mélenchon a réussi à prendre quelques mairies supplémentaires, en plus de bastions comme Saint-Denis (Seine-Saint-Denis, 150 000 habitants) gagnée dès le premier tour. En effet, les 8 % des votes pour Sophia Chikirou à Paris donnent la main à La France insoumise sur le conseil de Paris, comme le mouvement a gagné aussi plusieurs villes comme Roubaix, Creil ou Vaulx-en-Velin.
Si ce dimanche 22 mars, en soirée, la victoire est célébrée dans un bar de Paris aux slogans de « Siamo tutti antifascisti » (« Nous sommes tous antifascistes »), c’est que le parti de Mélenchon, malgré tous les tirs de barrage dressés par toute la classe politique réunie, y compris les macronistes, malgré les peaux de bananes balancées avec soin sur le chemin du trublion, à commencer par la mort de Quentin Deranque qu’on a voulu coller à sa mouvance alors que Mediapart, en retraçant le parcours de ce jeune identitaire, frappé mortellement lors d’une rixe avec des antifascistes en février à Lyon, a démontré « l’étendue de sa pensée raciste et antisémite, construite autour d’une glorification du fascisme et une nostalgie du nazisme ».
Comme le Phénix, Mélenchon semble se mouvoir à l’aise dans le costume de l’opposant, de l’empêcheur de penser en rond et en Zorro des pauvres gens, doublé d’un défenseur des causes abandonnées comme celle de ses pauvres Palestiniens.
Le listing des mairies arrachées par LFI semble donner raison au trublion, qui a résolument misé sur la transgression aux pouvoirs en place, n’hésitant pas à fustiger une presse aux ordres et une France timorée face aux sionistes et à l’impérialisme américain.
Résultat : non seulement les candidats LFI ont réussi à mobiliser de nouvelles voix dans des mairies où l’abstentionnisme fait rage, mais ils ont aussi réussi à s’imposer dans des banlieues populaires au taux de pauvreté écrasant, en général imperméable aux discours politiciens.
« L’essentiel de ce scrutin, écrit Mélenchon sur son blog, c’est donc bien une réalité sociale, culturelle et nationale qui s’est exprimée, dont seuls les insoumis ont détecté la présence sous-jacente dans la vie du pays ».
On est tenté de lui donner raison, en supposant que la France silencieuse – celle des banlieues, celle des Français musulmans stigmatisés autant par la droite fascisante que par la gauche laïcarde, les citoyens lassés de l’hégémonie sioniste sur les plateaux de télévision – prenne la peine de répondre à ces défis par un sursaut civique en se rendant massivement dans les bureaux de vote pour les législatives, qui ne sont que l’anti-chambre des présidentielles.
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