Mondial 2026. Visa US à 15 000 dollars, un obstacle majeur pour les supporters maghrébins

 Mondial 2026. Visa US à 15 000 dollars, un obstacle majeur pour les supporters maghrébins

À moins de trois mois du coup d’envoi de la Coupe du monde de football aux États-Unis, une décision aussi polémique que répressive du Département d’État américain suscite une vive inquiétude.

Washington a ainsi annoncé l’extension d’un dispositif obligeant les ressortissants de douze nouveaux pays, dont la Tunisie, à verser une garantie financière de 15 mille dollars pour obtenir un visa de type B1 ou B2, une somme restituée une fois de retour dans le pays d’origine. Cette mesure, qui entrera en vigueur dès le 2 avril, porte actuellement à cinquante le nombre total de pays concernés, majoritairement africains. L’Algérie était quant à elle affectée depuis la liste initiale du 2 janvier 2026, tandis que le Maroc en est exempté à ce jour.

Présentée par l’administration trumpiste comme un moyen de lutter contre le dépassement des durées de séjour autorisées, cette caution, remboursable sous conditions, apparaît pour beaucoup comme une barrière financière quasi infranchissable. Pour de nombreux supporters, notamment issus de pays à revenu intermédiaire, le rêve de vivre une Coupe du monde sur place s’éloigne brutalement.

 

Un frein massif à la mobilité des supporters

Avec une caution fixée à 15 000 dollars — soit l’équivalent de plusieurs années de salaire en monnaie locale pour de nombreux Tunisiens — la mesure risque d’exclure de fait une grande partie des fans. Or, l’un des enjeux majeurs d’une Coupe du monde réside dans sa capacité à rassembler des supporters venus des quatre coins du globe.

« On nous parle d’un événement universel, mais dans les faits, on nous ferme la porte », déplore Mehdi, supporter tunisien de 29 ans. « J’avais économisé pendant deux ans pour m’offrir ce voyage. Aujourd’hui, on me demande une somme inconcevable. C’est comme si on me retirait ce rêve au dernier moment, à la 90ème minute. Je peux d’ores et déjà vous assurer que ce sera de toute façon le pire Mondial de l’Histoire du foot à cause de cette mesure scandaleuse ! ».

Au-delà de la Tunisie, plusieurs pays africains sont concernés, ce qui réduira à n’en pas douter significativement la présence de supporters du continent dans les stades américains. Une situation paradoxale, alors que le football africain connaît une visibilité croissante sur la scène internationale.

 

Une menace pour l’ambiance et l’image du Mondial

Car l’impact de cette décision ne se limite pas aux simples individus. Elle pourrait également affecter l’attractivité et l’ambiance du tournoi lui-même. Les grandes compétitions internationales tirent en effet leur magie de la diversité des publics et de l’intensité des tribunes, souvent animées par des supporters venus de loin.

« Une Coupe du monde sans les supporters africains, ce n’est pas une vraie Coupe du monde », estime Mehdi. « Nous, on met l’ambiance, on chante, on vit le football avec passion. Là, on risque de regarder ça de loin, devant nos écrans, le tout dans une ambiance VIP feutrée à huis clos voulue par des politiciens déconnectés de la réalité. »

Sur le plan économique, la mesure pourrait également réduire drastiquement les retombées attendues en matière de tourisme. Moins de visiteurs internationaux signifie moins de dépenses en hébergement, restauration et loisirs, dans un contexte où les États-Unis espéraient capitaliser sur cet afflux massif. Trop de sécurité tue l’économie, une équation simple que la droite américaine a visiblement sous-estimée, aveuglée par l’idéologie focalisée sur la question migratoire.

Sur le plan symbolique enfin, cette politique pourrait ternir l’image d’un événement censé incarner l’ouverture et l’universalité du sport. À l’heure où la Fifa cherche à élargir encore l’audience du football dans le monde, ces restrictions pourraient envoyer un signal contradictoire : celui d’un Mondial réservé à une élite capable de franchir les barrières financières.