I’timad al-Rumaikiyya : De reine à misère à Al Andalus

Le salon des Ambassadeurs à l’Alcazar de Séville, haut lieu de l’architecture andalouse lié à l’histoire d’I’timad al-Rumaikiyya — crédit : Manuel Cohen / AFP
I’timad al-Rumaikiyya, figure emblématique d’Al-Andalus, incarne une destinée hors du commun entre amour, pouvoir et déclin. De son ascension à la cour de Séville à son exil tragique à Aghmat, son histoire mêle faste, passion et chute politique.
En Bref :
- I’timad al-Rumaikiyya est une figure emblématique d’Al-Andalus
- D’origine modeste, elle devient l’épouse du roi poète Al-Mu’tamid
- Elle règne sur une cour brillante à Séville, marquée par le luxe et la culture
- Leur amour passionné nourrit de nombreuses légendes
- La chute du royaume en 1091 entraîne leur exil à Aghmat, au Maroc
- Elle meurt dans la misère en 1095, suivie de son époux
Numéro 210 – Mars 2026
D’origine modeste, I’timad al-Rumaikiyya entre dans l’histoire de l’Andalousie. Elle épouse l’émir de Séville, Al-Mu’tamid ibn Abbad. Le couple va régner sur une cour brillante à Séville en Al-Andalus. Elle est vouée à tous les plaisirs.
En 1091, le sultan almoravide Yusuf ibn Tachfin destitue Al-Mu’tamid et l’exile avec sa famille à Aghmat. Ils y finiront leurs jours dans la misère.
À Séville en Andalousie, l’émir Al-Mu’tamid, surnommé « Le roi poète et poète roi », se livrait souvent à des joutes poétiques improvisées. Il les déclamait lors de ses promenades. Un jour, il flânait le long du fleuve Guadalquivir en compagnie de son vizir et ami, le poète Ibn Ammar. L’émir lança alors un demi-vers : « Le vent a transformé l’eau en cotte de mailles. »
Sur la rive, parmi des esclaves qui lavaient du linge, une jeune femme répondit : « Quelle armure pour une bataille, si l’eau gelait ! » Cette scène s’inscrit dans l’héritage culturel d’Al-Andalus, comme le montre aussi notre article sur Elche, joyau toujours vivant.
Une ascension fulgurante à la cour de Séville
Subjugué par son talent et sa beauté, l’émir fit venir I’timad al-Rumaikiyya au palais après avoir acheté sa liberté. Très épris, il l’épouse. Pour preuve d’amour, lui qui s’appelait Abu Al-Qasim Muhammad ibn Abbad prend le nom d’Al-Mu’tamid, en référence à I’timad.
Elle devient « Al-Sayyida al-koubra », la Grande Dame de la cour abbadide de Séville. Le couple mènera une vie fastueuse dans une cour brillante où l’art et la culture se mêlent à tous les plaisirs. Au point de faire oublier à l’émir les affaires de l’Etat.
Des historiens accuseront I’timad al-Rumaikiyya d’être la cause de l’affaiblissement du pouvoir qui conduira plus tard à la chute du royaume de Séville. Une période largement étudiée, notamment dans l’ouvrage « Al-Ándalus : l’Orient en Occident » présenté récemment à Rabat.
Caprices, amour et légende du « jour de la boue »
I’timad al-Rumaikiyya possède certes un fort ascendant sur son mari, poète fou d’amour. Il satisfait le moindre de ses désirs, même les plus fantasques. Certains sont entrés dans la légende.
Un jour, al-Mu’tamid trouve I’timad debout à la fenêtre du palais. Elle regarde un groupe de femmes au loin foulant l’argile pour en faire des briques. En sanglots, elle explique à son mari la nostalgie de sa vie passée lorsqu’elle était libre de patauger dans la boue.
En secret, l’émir fait confectionner dans la cour un vaste mélange. Il associe cannelle, musc, ambre et eau de rose. Accourant, I’timad al-Rumaikiyya va patauger dans cette boue parfumée, criant sa joie comme une enfant.
Pourtant, un jour, lors d’une dispute d’amoureux, elle lance à la face de son mari n’avoir jamais connu un seul jour heureux avec lui. « Wala yaoum attine ? » répondit-il, triste et amer (« Pas même le jour de la boue ? »). Cette expression deviendra en arabe synonyme d’ingratitude.
La chute du royaume de Séville
Quand son émirat de Séville est menacé par l’armée du roi Alphonse VI de Castille, Al-Mu’tamid fait appel au sultan Yusuf ibn Tachfin. Ce dernier viendra le secourir.
Mais, face à la vie dissolue de la cour de l’émir, ce dernier décide de revenir et d’annexer Al-Andalus à l’empire almoravide. En 1091, Al-Mu’tamid est destitué et condamné à l’exil, avec I’timad et leurs enfants.
Exil, misère et fin tragique à Aghmat
Ils vivront reclus à Aghmat, petite ville prospère près de Marrakech au Maroc. Ils sombrent dans une misère extrême. Pour survivre, I’timad al-Rumaikiyya et ses filles travailleront chez les riches habitants de la cité. Elles le feront jusqu’à l’épuisement.
Usée et malade, I’timad al-Rumaikiyya s’éteint en 1095. Dévasté, Al-Mu’tamid, décède peu après. Leurs corps reposent côte à côte à Aghmat dans le mausolée Al-Mu’tamid ibn Abbad au Maroc. Construit en 1970, il rend hommage au roi poète et à sa bien-aimée.
FAQ
Qui est I’timad al-Rumaikiyya ?
I’timad al-Rumaikiyya est l’épouse du roi poète Al-Mu’tamid ibn Abbad, souverain de Séville au XIe siècle, et une figure marquante de l’histoire d’Al-Andalus.
Pourquoi est-elle célèbre ?
Elle est connue pour son ascension exceptionnelle, son influence sur son mari et les récits légendaires liés à leur amour, notamment celui du « jour de la boue ».
Comment s’est terminée sa vie ?
Après la chute du royaume de Séville en 1091, elle est exilée à Aghmat avec sa famille, où elle meurt dans la pauvreté en 1095.
Qui a provoqué la chute de Séville ?
Le sultan almoravide Yusuf ibn Tachfin annexe le royaume après être intervenu contre les royaumes chrétiens, mettant fin au règne d’Al-Mu’tamid.
