Vie chère en Tunisie : l’onde de choc du Moyen-Orient dans les assiettes
La flambée des prix qui pèse sur les ménages tunisiens s’inscrit désormais dans un contexte international sous tension. Les récents développements au Moyen-Orient, même atténués par la réouverture partielle du détroit d’Ormuz durant l’actuelle trêve, continuent de perturber les marchés énergétiques et d’alimenter une inflation qui se répercute directement sur le quotidien des Tunisiens.
Dans une économie fortement dépendante des importations, notamment en hydrocarbures, chaque variation des cours mondiaux se traduit par une pression accrue sur le pouvoir d’achat. A tel point que certains préfèrent en rire et ironiser en pointant sur la carte du monde les distances qui séparent le pays de la zone de conflit Iran-USA.
« Certes, les tarifs des carburants n’ont pas augmenté en Tunisie, et l’Etat nous assure que des dispositions ont été prises pour moins dépendre de cette région du monde, mais nous ne sommes pas dupes : la classe moyenne n’a plus accès à des fruits et légumes à des prix concevables, sans parles des volailles introuvables et viandes rouges à 70dt le kilo », peste un père de famille au marché central de Tunis.
Une inflation importée qui se diffuse à toute l’économie
La hausse des prix du pétrole constitue le premier maillon de cette chaîne inflationniste selon les experts. Elle renchérit les coûts de transport, impacte les activités industrielles et se répercute sur l’ensemble des biens de consommation. Les produits alimentaires, particulièrement sensibles à ces variations, enregistrent des augmentations notables. Du champ à l’étal, les coûts s’accumulent : intrants agricoles plus chers, logistique alourdie, distribution plus coûteuse de l’agroalimentaire, etc.
Cette inflation dite « importée » s’inscrit en l’occurrence dans un contexte national déjà fragilisé. La dépréciation du dinar (3,4dt pour 1 euro) et les déséquilibres budgétaires limitent la capacité de l’État à amortir le choc. La moindre tension géopolitique agit par conséquent comme un facteur aggravant, accentuant les difficultés des ménages et nourrissant un climat social sous pression.
Entre réalités du marché et soupçons de spéculation
Au-delà des facteurs internationaux, la hausse des prix alimente un débat croissant sur les pratiques douteuses du marché intérieur. Dans les souks comme dans les grandes surfaces, de nombreux consommateurs dénoncent ainsi des augmentations jugées excessives. Pour certains, la crise au Moyen-Orient sert parfois de justification commode à des hausses qui dépasseraient les coûts réels.
Les soupçons de spéculation et de marges abusives pointent les circuits de distribution et le manque de transparence dans la formation des prix. Entre intermédiaires multiples et régulation jugée insuffisante, le consommateur peine à comprendre les écarts constatés.
Face à ces tensions, les autorités doivent arbitrer entre contraintes extérieures et attentes internes. La répression et le contrôle des pratiques commerciales apparaissent comme des leviers sous-exploités, en réalité difficiles à actionner dans un contexte de dépendance structurelle qui explique en grande partie la vie chère.
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