Football. Kais Saïed recevant l’équipe nationale : « L’esprit défaitiste est plus grave que la défaite ! »

Au lendemain de l’humiliante gifle reçue face à la Belgique (5-0), le contraste était saisissant entre la préoccupante impréparation manifeste des Aigles, et l’aisance certes à domicile des Diables rouges. Samedi soir à Bruxelles, les internationaux tunisiens quittaient la pelouse sous les sifflets et les regards incrédules de milliers de supporters venus les encourager.
Dimanche après-midi, c’est au palais de Carthage que la sélection était conviée, reçue par le président de la République, Kaïs Saïed, à la veille de son départ pour le Mexique. Une rencontre solennelle, parfois insolite, au cours de laquelle le chef de l’État s’est transformé en professeur de patriotisme, prodiguant ses instructions et exhortant les joueurs à défendre les couleurs nationales avec davantage d’ambition et de détermination.
Une débâcle qui inquiète à quelques jours du Mondial
Le déplacement en Belgique devait constituer un ultime test avant l’ouverture de la Coupe du monde. Il s’est transformé en véritable cauchemar. Dominée dans tous les compartiments du jeu, dépassée physiquement et tactiquement, la sélection tunisienne a sombré face à des Diables rouges sans pitié. Le score de 5-0 ne souffre d’aucune contestation et aurait même pu être plus lourd si ce n’est les cinq arrêts du jeune gardien Mouhib Chamakh.
Au-delà du résultat, c’est surtout l’impression laissée par l’équipe qui alarme. Peu inspirés offensivement (un seul tir cadré), friables défensivement avec un Mountassar Talbi à la peine Doku, et incapables de réagir après l’ouverture du score belge en première période, les Tunisiens ont affiché un visage méconnaissable. Un naufrage inquiétant à quelques jours de leur entrée dans la compétition mondiale le 15 juin prochain face à la Suède.
Dans les tribunes du stade bruxellois, la désillusion était immense. La diaspora tunisienne avait répondu présente en masse, transformant par moments l’enceinte sportive en véritable annexe du stade de Radès ! Beaucoup avaient parcouru des centaines de kilomètres pour assister à cette répétition générale. À la sortie du stade, certains supporters peinaient à cacher leur émotion.
« Je suis venu de Lyon, à plus de 700 kilomètres avec mes deux fils. On avait pris des congés, réservé l’hôtel et préparé les drapeaux. Voir notre équipe jouer ainsi, à quelques jours du Mondial, ça fait mal », confiait, les larmes aux yeux, un supporter tunisien croisé après la rencontre. Plus loin, un autre fan, arrivé d’Allemagne, sanglotait en évoquant « une humiliation » et « un manque de réaction incompréhensible même en l’absence d’enjeu » de la part des joueurs « qui ne mouillent plus le maillot ». « Ils ont oublié qu’un match de préparation n’est pas un match de gala où on traîne des pieds ».
À Carthage, le rappel à l’ordre présidentiel
C’est dans ce contexte particulièrement morose que Kaïs Saïed a reçu l’ensemble de la délégation nationale dimanche. Loin d’un simple cérémonial protocolaire, la rencontre a pris l’allure d’un discours de remobilisation adressé à des joueurs encore marqués par la débâcle de Bruxelles.
Le président Saïed a rappelé à plusieurs reprises que les internationaux ne représentaient pas seulement une équipe de football, mais toute une nation. Dans une intervention mêlant patriotisme, références aux exploits du passé et exhortations à l’ambition, il a insisté sur la nécessité de rompre avec toute forme de résignation. « Vous représentez la Tunisie et portez son drapeau. Le temps de participer juste pour participer est révolu ! Vous devez entrer dans cette compétition avec un esprit de défi, de victoire et une confiance totale dans les capacités tunisiennes ! », a-t-il déclaré en devant les joueurs parfois indisciplinés y compris lors de cet exercice.
Développant son propos, le chef de l’État a également affirmé que « la culture de la défaite est bien pire que la défaite en elle-même » et que la Tunisie demeurait capable « d’émerveiller le monde » à condition de croire en ses propres moyens. Saïed a rappelé que les plus belles pages du sport tunisien avaient été écrites par des athlètes habités par un esprit de conquête, estimant que l’essentiel n’était pas seulement le résultat affiché au tableau d’affichage, mais la trace laissée dans l’histoire.
Reste à savoir si ces leçons de patriotisme et de volontarisme suffiront à effacer le traumatisme de Bruxelles. Car après une telle déconvenue, les mots ne compteront bientôt plus : seule la réponse du terrain permettra à cette génération de joueurs de regagner la confiance d’un public profondément déçu. Pour les hommes de Lamouchi, l’objectif de franchir enfin le premier tour au terme de cette 7ème participation semble s’être éloigné un peu plus. Après une seule victoire, face à Haiti, lors de ses cinq derniers matchs, la Tunisie se voit reléguée à la 46ème place au classement Fifa.
