D’Ulysse à Gladiator, l’incroyable destin d’Aït Ben Haddou

 D’Ulysse à Gladiator, l’incroyable destin d’Aït Ben Haddou

ksar du XVIIᵉ siècle situé à une trentaine de kilomètres de Ouarzazate, sur l’ancienne route caravanière reliant le Sahara à Marrakech. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987

La sortie mondiale de L’Odyssée, le nouveau film de Christopher Nolan, remet sous les projecteurs le célèbre ksar marocain. Depuis plus de soixante ans, Aït Ben Haddou accueille les plus grandes productions internationales et s’est imposé comme l’un des décors naturels les plus mythiques du cinéma.

Au fil des décennies, Aït Ben Haddou s’est métamorphosé au gré des scénarios. Les pharaons y ont croisé les gladiateurs, les chevaliers des Croisades ont succédé aux héros de la mythologie, tandis que dragons et aventuriers ont défilé entre les remparts de terre ocre du ksar.

Aux portes du désert marocain, sur l’ancienne route caravanière reliant le Sahara à Marrakech, Aït Ben Haddou est un ksar dont les plus anciennes constructions remontent au XVIIᵉ siècle. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987, il est devenu l’un des décors naturels les plus prisés du cinéma international. Avec L’Odyssée, il ajoute un nouveau chapitre à une filmographie exceptionnelle.

Lawrence d’Arabie, le premier grand coup de projecteur

Bien avant de devenir un rendez-vous incontournable des productions internationales, Aït Ben Haddou apparaît dans Lawrence d’Arabie (1962). Si le chef-d’œuvre de David Lean est principalement tourné en Jordanie et en Espagne, plusieurs séquences sont également réalisées au Maroc. Les paysages du sud marocain, dont ceux du ksar, contribuent à recréer l’univers du Moyen-Orient de la Première Guerre mondiale.

Couronné de sept Oscars, le film révèle au monde le potentiel cinématographique exceptionnel de la région et ouvre la voie à plusieurs décennies de tournages internationaux.

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Quand le village devient l’Égypte antique

Au fil des années, Aït Ben Haddou démontre une qualité rare : celle de pouvoir incarner presque toutes les civilisations. Pour Jésus de Nazareth (1977), de Franco Zeffirelli, le ksar évoque la Palestine biblique. Vingt ans plus tard, La Momie (1999) le transforme en cité de l’Égypte antique.

Une même architecture de terre, capable d’évoquer une ville sainte, une cité pharaonique ou une forteresse orientale, explique l’attachement des réalisateurs à ce décor hors du temps.

Sorti en 2000, Gladiator de Ridley Scott a largement contribué à faire d’Aït Ben Haddou une référence incontournable des grandes productions internationales.

Gladiator, le film qui relance la légende

En 2000, Ridley Scott choisit le Maroc pour tourner plusieurs scènes de Gladiator. Le succès planétaire du film a contribué à installer Aït Ben Haddou parmi les grands décors du cinéma international. La proximité des studios Atlas d’Ouarzazate et le savoir-faire des équipes marocaines renforcent encore l’attractivité de la région.

Vingt-quatre ans plus tard, Ridley Scott revient sur ces terres pour Gladiator II, confirmant l’attrait intact du ksar auprès des productions comme du public.

Des Croisades à Alexandre le Grand

Au début des années 2000, les grandes fresques historiques continuent de trouver à Aït Ben Haddou un décor à leur mesure. En 2004, Oliver Stone y tourne plusieurs scènes d’Alexandre. L’année suivante, Ridley Scott transforme le ksar en forteresse des Croisades pour Kingdom of Heaven (2005).

Tantôt cité antique, tantôt ville médiévale, Aït Ben Haddou révèle une nouvelle fois sa capacité à traverser les époques sans jamais perdre son identité.

Dans Game of Thrones (2013), Aït Ben Haddou incarne une partie de la cité de Yunkai. Diffusée dans le monde entier, la série a fait découvrir le ksar à une nouvelle génération de spectateurs.

La Perse, les dragons et les héros de fantasy

Le ksar ne se limite pas aux films historiques. En 2010, Prince of Persia : Les Sables du temps en fait une spectaculaire cité orientale inspirée du célèbre jeu vidéo.

Trois ans plus tard, Aït Ben Haddou apparaît dans Game of Thrones, où il incarne une partie de Yunkai, la cité conquise par Daenerys Targaryen. Diffusée dans le monde entier, la série contribue à faire découvrir le site à une nouvelle génération de visiteurs, parfois avant même leur premier voyage au Maroc.

Christopher Nolan ouvre un nouveau chapitre

Plus de soixante ans après Lawrence d’Arabie, Aït Ben Haddou accueille une nouvelle superproduction. Au printemps 2025, Christopher Nolan y tourne une partie de L’Odyssée.

Réputé pour privilégier les décors réels aux effets numériques, le cinéaste britannique confirme l’attrait intact du ksar, dont les murailles continuent d’offrir un cadre idéal aux grandes aventures.

Un acteur à part entière

En plus de soixante ans de carrière cinématographique, Aït Ben Haddou a incarné l’Arabie, l’Égypte antique, la Perse, les cités médiévales et des royaumes imaginaires. Le vieux ksar a multiplié les rôles sans jamais cesser d’être lui-même et est devenu l’un des sites les plus emblématiques du Maroc.

Cette renommée profite aussi à toute une économie locale : artisans, figurants, techniciens, guides et professionnels du tourisme participent à l’écosystème créé autour des tournages.

Une légende qui continue de s’écrire

À Aït Ben Haddou, les caméras repartent toujours, mais le décor demeure. Les empires de cinéma disparaissent, les héros changent de visage, les costumes retournent dans les studios, tandis que les murailles de terre continuent de défier le temps.

Des caravanes d’autrefois aux grandes productions hollywoodiennes, le vieux ksar n’a jamais cessé d’être un lieu de passage. Avec L’Odyssée, il ajoute un nouveau rôle à une filmographie unique au monde et confirme qu’au Maroc, certaines pierres — ou plutôt certaines terres — ont acquis le statut rare de véritables stars de cinéma.

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Hella Habib

Journaliste culturelle et politique, a dirigé le magazine Maison & Jasmin, consacré à l’architecture et à l’art, avant d’occuper des fonctions de rédaction en chef au sein du quotidien La Presse de Tunisie. Journaliste au Courrier de l’Atlas.