Soufiane Guerrab : après « Lupin », cap sur Hollywood

 Soufiane Guerrab : après « Lupin », cap sur Hollywood

crédit photo : Guillaume Plas

De son nouveau film autour d’une jeune fille passionnée de football (« La bombenera » en salles le mercredi 26 août 2026) au phénomène international Lupin, l’acteur franco-marocain, Soufiane Guerrab revient sur son parcours. Transmission, diversité au cinéma, ses essais pour une importante franchise américaine, ses ambitions à Hollywood, cinéma au Maroc…  Désormais, son autre ambition se conjugue aussi avec écriture et réalisation derrière la caméra.

En bref

  • Soufiane Guerrab revient sur son nouveau rôle dans un film consacré au rêve d’une jeune fille de devenir footballeuse.
  • Sa sœur a elle-même joué au football avant de signer au PSG et de devenir professionnelle.
  • L’acteur retrouvera l’univers de La Vie scolaire et son rôle de professeur de mathématiques.
  • Il raconte l’impact international inattendu de Lupin, notamment aux États-Unis et le contact avec des franchises américaines

Ce film sur le football fait écho à votre propre histoire familiale. Comment avez-vous choisi ce personnage ? Ou est-ce finalement lui qui vous a choisi ?

Soufiane Guerrab : C’est un peu des deux. Syrine m’a contacté pour une rencontre au départ. Je sais juste que c’est un film qui traite du football. Quand je découvre l’histoire de cette petite fille qui rêve de devenir footballeuse et qui va tout faire pour arriver à ses fins, je me rends compte que c’est un peu mon histoire. En effet, ma sœur a vécu cette histoire. Elle a fini par signer au PSG et est devenue footballeuse professionnelle mais je connaissais cet univers. Il y a 20 ans, c’était encore plus dur que maintenant. Je sais ce que c’est qu’une petite fille qui rêve de foot dans un monde de garçons. Ma soeur jouait souvent avec moi car il n’y avait personne pour jouer avec elle en tant que fille. Du coup, je la prenais dans mon équipe. C’était vraiment mon attaquant de pointe.

La bombonera, film avec Soufiane Guerrab

Finalement, c’est un film sur le rêve, mais aussi sur la place des filles dans un univers longtemps dominé par les garçons ?

Soufiane Guerrab : Totalement. C’est un film sur le rêve, mais aussi sur les difficultés que peuvent rencontrer les petites filles pour réaliser leurs ambitions, quelles qu’elles soient. Dans certains univers encore très masculins, elles doivent parvenir à s’imposer. On le voit dans le film, ce n’est pas facile. Il y a encore cette tendance chez les garçons à dire : « Écoute, non, ici, on est entre gars. Si tu veux jouer, c’est là-bas, chez les filles. »

Je pense qu’elles doivent parfois faire preuve de deux ou trois fois plus de détermination pour parvenir là où elles veulent aller. Cette histoire me touche donc particulièrement. Quand j’ai découvert le film, je me suis dit : « Mais en fait, c’est incroyable que vous ayez pensé à moi. » Pour moi, c’est un bout de ma vie.

Le football a longtemps été très genré. Cette question se pose-t-elle encore aujourd’hui ?

Soufiane Guerrab : Dans tous les domaines, les choses restent encore très genrées. On vit dans un monde où l’on essaie souvent de mettre les gens dans des cases : « Les filles, ça, c’est pour vous. Les garçons, ça, c’est pour vous. » Les mentalités évoluent néanmoins. Peu importe le métier ou le rêve, on comprend davantage qu’un garçon comme une fille doit pouvoir choisir librement ce qu’il veut faire. Il y a vingt ans, certaines petites filles n’osaient peut-être même pas exprimer leurs rêves. Aujourd’hui, on les écoute davantage, mais cela ne signifie pas que tout est devenu plus facile. On leur a ouvert une petite porte en leur disant : « On va t’écouter, fais ce que tu veux. » Les difficultés, elles, restent bien réelles.

Votre filmographie compte beaucoup de personnages qui cherchent à construire ou reconstruire les autres plutôt qu’à les détruire. Est-ce une volonté ?

Soufiane Guerrab : Je ne crois pas vraiment au hasard, mais dans ce cas, je pense que ça en est un. Cela dit, lorsqu’on choisit quelqu’un pour un rôle, il y a forcément une part de sa personnalité qui entre en jeu. Et je me reconnais beaucoup dans ces personnages. Je suis quelqu’un qui aime le partage et l’échange. Je suis aussi très proche des jeunes, avec qui j’aime discuter, essayer de comprendre leur manière de voir les choses.

Pour moi, la chose la plus importante, c’est la transmission. On est là pour ça. On apprend des choses que l’on transmet ensuite à ses enfants. C’est aussi simple que ça. J’ai la chance d’interpréter des personnages remplis de bienveillance, auxquels le public s’attache. Et cette affection, les gens me la rendent aussi dans la vie.

J’en suis très heureux, mais ce n’est pas quelque chose que j’ai décidé ou construit volontairement. Je ne me dis pas que je dois uniquement jouer des personnages bienveillants qui essaient d’aider les autres à sortir de leurs difficultés. Jusqu’à présent, les choses se sont faites naturellement.

l'acteur franco-marocain, Soufiane Guerrab à l'affiche de la Bombenera et de Lupin sur Netflix
crédit photo : Guillaume Plas

La transmission est justement très présente dans votre parcours. Pourquoi revenir à votre personnage de professeur de mathématiques de La Vie scolaire ?

Soufiane Guerrab : C’est un peu ma famille. Grand Corps Malade, Mehdi, c’est devenu bien plus qu’une relation professionnelle. Alors, quand ce projet a été mis sur la table et qu’on m’a demandé si j’étais prêt à rendosser mon costume de professeur de maths, je n’ai pas hésité une seconde : j’ai dit oui.

Vous étiez bon en maths ?

Soufiane Guerrab : J’aimais bien les maths et j’étais plutôt bon quand je décidais de travailler. Le problème, c’est que je préférais souvent rigoler plutôt que faire mes exercices ! Mais c’était une matière qui me plaisait beaucoup.

Des professeurs ont-ils marqué votre scolarité et votre vision de ce métier ?

Soufiane Guerrab : Totalement. C’est l’un des plus beaux métiers. Encore une fois, la transmission est quelque chose de très naturel. Quand on devient père, on le comprend encore davantage : l’enfant regarde, observe et apprend. C’est donc essentiel d’avoir des professeurs qui ont cette vocation de transmettre. J’en ai eu d’extraordinaires, qui voyaient mon potentiel malgré mon goût pour les rigolades et les bons moments à l’école. Plutôt que de me laisser au fond de la classe avec mes amis, ils venaient me chercher et adaptaient parfois leur méthode pour me donner confiance. Je me souviens notamment d’une professeure en cinquième. Nous devions apprendre un poème d’une dizaine de vers et je n’en connaissais que les deux premiers. L’élève avant moi le connaissait parfaitement, mais le récitait de manière assez monotone. De mon côté, j’ai décidé de tout miser sur l’interprétation de mes deux lignes. La professeure m’a mis 16, contre 14 à l’autre élève. La classe a protesté et elle a expliqué : « Lui, il a tout mis dans l’interprétation. Et c’est ce que j’ai aimé dans sa poésie. » Elle m’a donné confiance et m’a montré qu’elle était avec moi. Je trouve que c’est essentiel : essayer de se rapprocher des gens plutôt que de les éloigner.

Lupin a connu un succès mondial. Vous attendiez-vous à une telle dimension internationale ?

Soufiane Guerrab : Pas du tout. Personne ne s’y attendait, et surtout pas moi. Le succès de « Lupin » est incroyable. Cette année, j’ai eu la chance de passer beaucoup de temps aux États-Unis, pratiquement toute l’année. Être reconnu à New York par des New-Yorkais, puis à Miami ou à Los Angeles, c’est assez fou. On m’avait prévenu : « Soufiane, quand tu vas aller aux États-Unis, tu vas être surpris de l’impact que Lupin a eu là-bas. » Mais je ne m’imaginais vraiment pas une telle ampleur.

Comment expliquez-vous ce succès de Lupin à l’étranger ?

Soufiane Guerrab : Je pense que le succès de « Lupin » tient d’abord à ceux qui sont derrière le projet. Il y a Netflix, l’une des plus grandes plateformes mondiales, puis Louis Leterrier, qui a travaillé sur de grandes productions américaines comme « Fast & Furious ». Il faut ajouter Omar Sy, qui bénéficie déjà d’une importante notoriété internationale, et enfin Paris, l’une des villes les plus visitées au monde. Forcément, avec tous ces éléments réunis, on avait déjà une équipe capable d’aller très loin.

Après Lupin, avez-vous reçu des propositions venues des États-Unis ?

Soufiane Guerrab : Oui, après « Lupin », ça a été incroyable. J’ai reçu des propositions pour des films et de très grosses franchises américaines. C’est aussi pour cette raison que je suis allé aux États-Unis et que je travaille énormément mon anglais. À l’époque, mon niveau n’était pas encore suffisant, mais aujourd’hui, ça va beaucoup mieux.

Hollywood et les grandes productions américaines vous attirent donc ?

Soufiane Guerrab : Totalement. Je suis curieux, mais ce n’est pas la célébrité qui m’attire. Ce qui m’intéresse, c’est de découvrir une autre manière de travailler et de faire du cinéma. Le projet pour lequel j’ai passé des essais est un très beau film. Quand on m’a contacté à 2 h du matin, en raison du décalage avec Los Angeles, pour me dire qu’on me voulait sur ce projet, j’ai eu du mal à y croire. C’est un film que j’avais vu plus jeune et que je considère comme l’un des grands classiques du cinéma américain.

Les acteurs issus de la diversité ont longtemps été cantonnés à certains stéréotypes. Le cinéma français a-t-il tourné cette page ?

Soufiane Guerrab : Cela fait vingt ans que je fais du cinéma et je les ai joués, ces rôles-là. J’ai eu la chance de rencontrer des réalisateurs comme Grand Corps Malade, qui m’ont permis de sortir des personnages auxquels on avait tendance à me cantonner. Aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé, même si l’âge joue peut-être aussi sur les rôles que l’on me propose. La vraie question est de savoir si un jeune de 20 ans avec le même profil que moi échapperait aujourd’hui à ces clichés. Je n’en suis pas certain. En tout cas, le combat continue. En vingt ans, les choses ont énormément évolué, et les générations précédentes ont connu encore plus de difficultés que nous. Il reste du travail et des combats à mener, mais les choses avancent dans le bon sens.

Vous évoquez régulièrement vos origines marocaines. Où en est votre projet de tourner au Maroc ?

Soufiane Guerrab : Le combat, c’est de voir toujours plus de diversité dans les visages, les personnes et les rôles. Le cinéma doit aller dans ce sens et représenter la société dans laquelle nous vivons, une réalité que l’on voit tous. Mon combat personnel, lui, consiste à me rapprocher encore davantage de mes origines marocaines. Tourner un film au Maroc est un véritable rêve et fait partie de mes objectifs. Je suis d’ailleurs en discussion autour d’un très gros projet au Maroc, un film autobiographique qui raconte l’histoire du pays. C’est un projet assez ambitieux et nous continuons à avancer dans cette direction.

La réalisation fait-elle également partie de vos projets ?

Soufiane Guerrab : J’aimerais bien. J’écris énormément. Ça fait partie de mes objectifs, de mes combats.

Pourriez-vous prendre davantage de plaisir à écrire ou réaliser qu’à jouer ?

Soufiane Guerrab : Plus qu’acteur, non. Je pense que je prendrais davantage de plaisir à écrire, et peut-être à réaliser. Quand on joue, on est un instrument dans les mains d’un musicien. Quand on écrit, on devient le musicien. J’adore être la guitare, mais je préfère être celui qui en joue.

Vos questons sur Soufiane Guerrab

Qui est Soufiane Guerrab ?

Soufiane Guerrab est un acteur franco-marocain présent depuis une vingtaine d’années dans le cinéma et les séries françaises. Il s’est notamment fait connaître d’un très large public international grâce à Lupin.

Quel rôle joue Soufiane Guerrab dans Lupin ?

Soufiane Guerrab fait partie de la distribution de la série Lupin. Dans cette interview, il raconte avoir été surpris par l’ampleur internationale du succès de la série et avoir été reconnu jusque dans les rues de New York, Miami et Los Angeles.

Soufiane Guerrab veut-il travailler aux États-Unis ?

Oui. L’acteur explique avoir passé une grande partie de l’année aux États-Unis, notamment pour améliorer son anglais. Il affirme avoir été approché par de très grosses franchises américaines et avoir récemment passé des essais pour l’une d’entre elles.

Soufiane Guerrab veut-il tourner au Maroc ?

Oui. L’acteur franco-marocain affirme que tourner au Maroc constitue l’un de ses rêves et de ses objectifs. Il révèle être en discussion autour d’un important projet autobiographique racontant une partie de l’histoire du Maroc.

Soufiane Guerrab veut-il devenir réalisateur ?

La réalisation l’intéresse, mais Soufiane Guerrab insiste surtout sur son désir d’écrire. Il résume son rapport aux deux métiers par une image : « Quand on joue, on est un instrument dans les mains d’un musicien. Quand on écrit, on est le musicien. »

Yassir Guelzim

Yassir GUELZIM

Journaliste, auteur et réalisateur, Yassir Guelzim évolue depuis plus de vingt-cinq ans entre presse écrite, radio, télévision et documentaire. La constante de son parcours : décrypter les dynamiques politiques, les sociétés en mouvement et les fractures du monde contemporain.Collaborateur du courrier de l'atlas depuis 2017, il a également travaillé en tant que journaliste à LCI pendant près de quinze ans mais aussi France 3, RMC Moyen-Orient–RFI, France Inter et France Culture, couvrant notamment les élections marocaines de 2002 et de nombreux enjeux liés au monde arabe et à l’espace méditerranéen.Son travail s’est progressivement étendu à l’écriture et à la réalisation documentaire. Co-auteur et co-réalisateur de L’Archipel des Français Libres (France 5, 2021), il explore les mémoires maritimes et les trajectoires méconnues de l’histoire française. L’ouvrage tiré du film reçoit une mention du jury du Prix Étienne Taillemite en 2023. En 2024, il signe également La Prohibition Américaine, une aubaine française, diffusé sur France 5 dont un ouvrage aux éditions Mon Autre France sortira en octobre 2026.Fondateur de la société Mediterranean Press TV News Production, qu’il dirige pendant dix ans, il produit des reportages et documentaires diffusés sur Arte, France 24, Al Jazeera ou Sky News Arabic.Diplômé du département de Sciences Politiques de Paris La Sorbonne et de l'Université de sciences économiques de Montpellier I, Yassir Guelzim conjugue regard analytique, rapport économique et exigence narrative. Spécialisé sur l'économie, il peut aussi traiter de questions politiques, géopolitiques ou sociétales. Ses articles et interviews interrogent les rapports de pouvoir, les identités politiques et les mutations géopolitiques, avec une attention particulière portée sur le Maroc, l'Afrique, le Proche-Orient et les sociétés méditerranéennes.