Festival de Venise sous pression : quand le cinéma refuse de fermer les yeux sur Gaza

 Festival de Venise sous pression : quand le cinéma refuse de fermer les yeux sur Gaza

La Mostra de Venise s’ouvre du 2 au 12 septembre 2026, sous la pression de Venice4Palestine autour de la question de Gaza. (Photo : Stefano RELLANDINI / AFP)

À la veille de l’ouverture de la Mostra (du 2 au 12 septembre), c’est un pavé dans la mare vénitienne. Le collectif Venise4Palestine, rejoint par une brochette de figures majeures du monde culturel, de prix Nobel Annie Ernaux à la cinéaste Céline Sciamma, en passant par l’actrice Adèle Haenel ou le chanteur Roger Waters, somme les organisateurs du festival de sortir enfin du silence complice et de poser des actes. Pas des mots. Des actes.

 

En bref

  • Le collectif estime que la Mostra ne peut rester silencieuse face à la situation à Gaza.
  • Venice4Palestine appelle également à une pleine reconnaissance des œuvres palestiniennes dans la sélection officielle.
  • Le collectif met en avant deux films palestiniens : « Al Mowaten Osama », d’Ahmed Hassouna, et « Hiwar ma’albahr », de Muayad Alayan.
  • Venice4Palestine appelle la Mostra de Venise à faire flotter le drapeau palestinien aux côtés de ceux des autres films en compétition.
  • Plusieurs personnalités du monde culturel ont signé l’appel, dont Annie Ernaux, Céline Sciamma et Roger Waters.

La Palestine au cœur de la pression sur la Mostra de Venise

La demande est simple : que le drapeau palestinien flotte aux côtés de ceux des autres films en compétition, et que deux œuvres consacrées au conflit intègrent enfin la pleine reconnaissance qu’elles méritent dans la sélection officielle.

Il s’agit de Mowaten Osama, du réalisateur palestinien Ahmed Hassouna, un film tourné en pleine guerre dans le nord de Gaza, coproduit avec la France, qui suit un photographe devenu documentariste malgré les bombes et de Hiwar ma’albahr de l’autre cinéaste palestinien Muayad Alayan, originaire de Jérusalem.

Deux films faits par des Palestiniens eux-mêmes, et non simplement sur eux : un détail qui n’a rien d’anodin dans un secteur où la parole est trop souvent confisquée par d’autres.

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Un appel qui prolonge la mobilisation de 2025

Derrière la lettre ouverte, une colère qui ne date pas d’hier.

Déjà en 2025, le collectif avait tenté de faire entendre raison à la Mostra de Venise, réclamant que la résistance du peuple palestinien occupe enfin sa juste place dans le débat public du festival, et appelant au boycott de figures pro-israéliennes comme Gal Gadot ou Gerard Butler.

Le collectif avait alors plaidé pour que le mot « génocide » remplace celui, plus feutré, de « guerre » dans la façon de nommer ce que subit Gaza sous les bombes israéliennes, un choix de vocabulaire qui, on le sait, n’a jamais rien d’anodin.

Un an plus tard, le constat est amer : rien n’a bougé, si ce n’est en pire. Le collectif dénonce une extension continue de la puissance de feu israélienne, désormais projetée vers la Cisjordanie occupée, la Syrie, le Liban et l’Iran.

Pendant que les caméras du monde entier convergent vers le tapis rouge, la réalité sur le terrain, elle, ne connaît aucune trêve.

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À Venise, le silence de la Mostra toujours questionné

Reste à savoir si la Mostra aura le courage de sortir de sa zone de confort feutrée. Le signe n’est pas franchement encourageant : cette semaine encore, les organisateurs ont un temps envisagé d’annuler la traditionnelle conférence de presse du jury, avant de se raviser sous la pression.

Une hésitation qui en dit long, la crainte de voir les jurés cuisinés sur le sujet, comme ce fut déjà le cas à Berlin et à Cannes ces derniers mois, n’y serait pas étrangère.

Le cinéma peut-il encore prétendre parler du monde tel qu’il est tout en refusant de laisser ceux qui le vivent en parler eux-mêmes ? À Venise, la question reste, pour l’instant, soigneusement évitée.

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Vos questions sur la Mostra de Venise et Gaza

Pourquoi Venice4Palestine interpelle-t-il la Mostra de Venise ?

Le collectif demande notamment que le drapeau palestinien soit hissé pendant le festival et que la présence des films palestiniens soit pleinement reconnue.

Quels films palestiniens sont concernés par l’appel ?

Il s’agit de « Al Mowaten Osama » d’Ahmed Hassouna et de « Hiwar ma’albahr » de Muayad Alayan. Le site officiel de la Biennale confirme notamment la présence de « Al Mowaten Osama », présenté hors compétition, et sa coproduction entre la Palestine et la France.

Qui a signé l’appel de Venice4Palestine ?

Parmi les signataires figurent notamment Annie Ernaux, Roger Waters, Céline Sciamma, Matteo Garrone, Nan Goldin et Yanis Varoufakis.

Quand se déroule la Mostra de Venise 2026 ?

La 83e édition de la Mostra se tient du 2 au 12 septembre 2026.

Que demandait déjà Venice4Palestine en 2025 ?

Le collectif avait déjà appelé la Mostra à placer la question palestinienne au centre du débat public et à donner davantage de visibilité aux voix palestiniennes.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.