Edito. Israël a-t-il encore un avenir ?

Gideon Saar, ministre israélien des Affaires étrangères. © Martin Metelko / AFP
C’est malheureux de le dire mais en Israël, même l’opposition pratique une « opposition » à géométrie variable. En effet, après l’annonce, le mardi 8 septembre, par la France, le Canada, le Royaume-Uni, et neuf autres pays, de sanctions visant le commerce des biens produits dans les colonies en Cisjordanie, les leaders de l’opposition semblent avoir avalé leur langue, et se tiennent, même si certains sont assez gênés, massés derrière la machine médiatico-diplomatique israélienne qui a répliqué par une série de contre-mesures, d’une rare arrogance.
En bref
- Israël a répliqué aux sanctions occidentales visant les produits issus des colonies en Cisjordanie.
- Douze pays ont annoncé ou envisagent des restrictions commerciales liées aux colonies.
- L’opposition israélienne critique la politique diplomatique de Netanyahou sans remettre en cause l’occupation et la colonisation.
- Yaïr Lapid a qualifié la décision occidentale de « grave et erronée ».
- Gadi Eisenkot affirme qu’un gouvernement qu’il formerait ne créerait pas d’État palestinien.
« Le message adressé à tout gouvernement qui nous porte atteinte est clair : quiconque agit contre Israël, Israël agira contre lui », a martelé le ministre des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, au cours d’une conférence de presse.
Les principaux leaders de l’opposition qui condamnent mollement les violences des colons juifs, ne remettent d’ailleurs en question ni l’occupation ni la colonisation.
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Yaïr Lapid, l’actuel leader de l’opposition parlementaire est même allé jusqu’à qualifier la décision des pays européens de « décision grave et erronée ». Campagne électorale oblige, Lapid ne s’est pas privé d’écorcher au passage, Benyamin Netanyahou qui « nous entraîne vers un isolement diplomatique sans précédent et ne fait rien d’autre que lancer des réprimandes et des menaces dont tout le monde se moque ».
Son principal allié, Naftali Bennett, n’a pas besoin de donner de la voix puisqu’il fait partie, lui, de son côté, des mordus de la colonisation. Il a même, longtemps, été le directeur d’une des principales organisations impliquées dans le développement des « implantations », selon le jargon officiel hébreu, en parlant de « Judée et Samarie » pour désigner la Cisjordanie.
Enfin, l’ennemi juré de Netanyahou, Gadi Eisenkot crie à qui veut bien l’entendre qu’il ne sera jamais question d’un État palestinien, ni aujourd’hui ni demain ! « Il n’y a pas d’État palestinien – et il n’y en aura pas sous un gouvernement que nous formerons », a-t-il affirmé.
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En Israël, de Yitzhak Rabin à Netanyahou en passant par Ariel Sharon, refuser la présence palestinienne sur leur terre spoliée est une évidence qu’on a souvent mise sous le boisseau pour ménager les susceptibilités occidentales, lesquelles doivent ménager leurs partenaires arabes, attachés (du moins en apparence) à l’idée d’une solution à deux États.
Même un Gadi Eisenkot, général qui semble tenir la dragée haute à Netanyahou, est obligé de montrer patte blanche pour ne pas perdre les voix de ses compatriotes israéliens : « Je n’ai jamais parlé de deux États pour deux peuples. Je comprends la profondeur de ce conflit politico-religieux et social, et quiconque parle de la “paix maintenant” et de deux États ne comprend rien à ce conflit ».
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Comment imaginer alors qu’il se retrouverait aujourd’hui en Israël des voix contradictoires censées détrôner Bibi et la politique génocidaire à l’encontre des populations civiles de Gaza, capables d’imposer un apaisement bâti sur l’urgence absolue de clore le règne de Netanyahou et celle de ses sulfureux ministres Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich.
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Vos questions sur l’opposition israélienne et la colonisation
Pourquoi des pays occidentaux sanctionnent-ils les produits des colonies ?
Parce qu’ils considèrent l’expansion des colonies et les violences des colons comme une menace directe à la solution à deux États.
Quels pays ont annoncé ces mesures ?
Le Royaume-Uni, la France, le Canada, ainsi que le Danemark, l’Espagne, la Finlande, l’Irlande, l’Islande, la Norvège, la Pologne, le Portugal et la Suède.
Quelle est la position de Yaïr Lapid ?
Lapid critique la politique internationale de Netanyahou, mais il ne remet pas en cause l’occupation ni la colonisation.
Quelle est la position de Gadi Eisenkot ?
Eisenkot a récemment déclaré qu’il n’y aurait pas d’État palestinien sous un gouvernement qu’il formerait.
Pourquoi cette position de l’opposition est-elle importante ?
Parce qu’elle montre les limites de l’alternative politique à Netanyahou sur la question palestinienne.
