Grand Tunis sous les eaux : quand l’alerte arrive après la paralysie

 Grand Tunis sous les eaux : quand l’alerte arrive après la paralysie

Les pluies orageuses qui se sont abattues jeudi 17 septembre sur le Grand Tunis ont transformé en quelques minutes plusieurs axes de la capitale et de sa périphérie en zones difficilement praticables, voire paralysées.

La capitale est passée des méandres de la canicule directement aux inondations pré-automnales catastrophiques avec un lourd bilan matériel. Véhicules bloqués, chaussées inondées, circulation à l’arrêt et interventions de la Protection civile ont marqué un après-midi particulièrement éprouvant, au moment même où élèves et étudiants effectuaient leur rentrée. Au-delà de l’intensité des précipitations, ce sont surtout l’impréparation des infrastructures et le timing de la réaction des autorités qui interrogent.

 

Des routes immédiatement sinistrées

L’épisode pluvieux a été particulièrement brutal. L’Institut national de la météorologie (INM) avait pourtant placé le Grand Tunis sous vigilance, annonçant « des pluies temporairement orageuses et localement intenses », avec des « cumuls importants sur de courtes périodes susceptibles de provoquer des débordements et de perturber la circulation ».

Sur le terrain, les eaux ont rapidement envahi plusieurs chaussées. À Tunis, notamment aux abords de Bab Saâdoun et les grands axes du centre-ville, des automobilistes se sont retrouvés piégés par la montée des eaux. Les images du tunnel fermé à Bab Saâdoun et de véhicules immobilisés pendant plusieurs heures font le tour du web.

Dans la cité Ettadhamen à forte densité démographique, la montée des eaux a également nécessité l’intervention spectaculaire de la Protection civile pour évacuer le chauffeur et les passagers d’un taxi bloqué et partiellement submergé sous un pont. Les occupants ont finalement été secourus sains et saufs.

 

La situation a aussi fortement perturbé la circulation dans la banlieue sud, notamment à Boumhel, Zahra, Hammam-Lif et Hammam-Chott, où d’importantes quantités d’eau non évacuée se sont accumulées dans plusieurs quartiers résidentiels.

 

Une suspension des cours annoncée à la dernière minute

C’est précisément dans ce contexte que la décision tardive du gouverneur de Tunis de suspendre les cours dans les établissements publics et privés, les centres de formation et les établissements d’enseignement supérieur devient problématique.

La décision, applicable à partir de 15 heures jeudi, n’a été communiquée qu’à 14h53 selon le communiqué officiel relayé par les médias. Quelques minutes seulement étaient donc laissées aux parents pour quitter leur lieu de travail, rejoindre les écoles et ramener leurs enfants, alors que les conditions de circulation étaient déjà fortement dégradées. « Il fallait être Superman pour secourir à temps son enfant à la sortie de l’école », ironise un parent d’élève.

Le paradoxe de cette latence est manifeste : une mesure destinée à réduire les déplacements et à protéger élèves, étudiants et personnels s’est retrouvée annoncée au moment même où des milliers de personnes étaient déjà sur les routes. Des parents ont ainsi dû se précipiter vers les établissements scolaires au milieu des embouteillages et des ruissellements, ajoutant de nouveaux déplacements à une circulation déjà largement perturbée.

L’incapacité des autorités à transformer une alerte météorologique connue en mesures préventives suffisamment anticipées pose donc de sérieuses questions. Jeudi, cette impréparation flagrante du Grand Tunis a une nouvelle fois mis à nu sa vulnérabilité face aux épisodes pluvieux intenses.

Si la Protection civile a pu intervenir efficacement dans plusieurs situations d’urgence, la journée soulève une question plus structurelle : comment passer d’une gestion de l’urgence à une véritable culture de l’anticipation, alors que les épisodes de pluies intenses post El Niño deviennent récurrents et que les canalisations sont encore insuffisamment assainies à la mi-septembre ?

Seif Soudani

Seif Soudani est journaliste du Courrier de l’Atlas basé à Tunis. Il couvre la politique, l’économie et les enjeux de société en Tunisie