Ahmed Eid : « La musique, c’est partager l’expérience »

crédit photo : Yassir Guelzim
Ahmed Eid, musicien palestinien originaire de Ramallah, partage aujourd’hui sa vie entre la Palestine et l’Europe. Installé récemment à Marseille après de longues années en Allemagne, il mêle traditions arabes, jazz, rock et musique improvisée. Entre création et réalité politique, il défend une musique ancrée dans l’expérience vécue et poursuit en Palestine son engagement auprès des jeunes artistes avec le Palestine Music Space.
En bref
- Ahmed Eid est un musicien palestinien originaire de Ramallah dont la musique mêle traditions arabes, jazz, rock, folk et improvisation.
- Il a vécu plus de vingt ans en Europe, principalement en Allemagne, et partage désormais son temps entre Marseille et la Palestine
- Il revendique une création directement nourrie par son expérience palestinienne et les réalités politiques et sociales.
- Il a fondé en Palestine le Palestine Music Space, destiné notamment à accompagner gratuitement de jeunes musiciens
Pouvez-vous présenter Ahmed Eid et la formation avec laquelle vous jouez aujourd’hui ?
Ahmed Eid : Mon projet s’appelle Ahmed Eid et je joue généralement avec un groupe de quatre personnes.vAujourd’hui, nous sommes venus dans une configuration plus intimiste, en duo. Je suis bassiste à l’origine, mais aujourd’hui je joue de la guitare et je fais aussi des percussions avec mes pieds. Je chante et l’autre musicien joue de la guitare électrique.
Vous êtes originaire de Palestine. Quel a été votre parcours jusqu’à Marseille ?
Ahmed Eid : Je suis Palestinien, originaire de Ramallah, en Cisjordanie. J’ai vécu en Europe pendant les vingt et une dernières années, principalement en Allemagne. Ces cinq dernières années, je partageais mon temps entre la Palestine et Berlin. Il y a deux mois, je suis arrivé à Marseille. Je vis maintenant entre Marseille et la Palestine. Marseille est différente. C’est une ville extrêmement diverse et c’est pour cela que je l’ai choisie. Je ne connais pas encore suffisamment la France pour en parler. Je découvre, je rencontre des gens et j’ai envie d’en apprendre davantage.
Votre musique mêle influences du Moyen-Orient, jazz et énergie rock. Comment avez-vous développé ce langage ?
Ahmed Eid : Je pense avoir eu le privilège d’être en contact avec de nombreuses cultures musicales au cours des vingt-cinq dernières années. Quand j’étais en Palestine, je faisais beaucoup de musique traditionnelle arabe. J’ai ensuite étudié la musique classique et le jazz à l’université en Allemagne. Puis j’ai joué dans énormément de projets appartenant à différents univers : folk, rock, musique improvisée… Ce n’était pas vraiment un choix conscient. C’est devenu quelque chose de naturel pour moi. Quand je commence à écrire une chanson, elle traverse naturellement différents mondes musicaux.
Vos chansons sont nourries par l’expérience palestinienne. Comment conciliez-vous message politique et liberté artistique ?
Ahmed Eid : Je pense qu’il est possible de faire les deux simultanément. Ce n’est pas l’un ou l’autre. C’est simplement la réalité que je vis, celle que vivent les Palestiniens et, plus largement, beaucoup de personnes de ma région. Cela concerne aussi d’autres réalités en Afrique du Nord ou en Asie. Pour moi, la musique, c’est partager une expérience avec le public et parler de la réalité. C’est ce qui arrive naturellement lorsque j’écris. Artistiquement, je ne ressens pas de limite au fait d’écrire sur les réalités politiques et sociales que nous vivons.
Vous sentez-vous libre de dire ce que vous voulez sur scène ?
Ahmed Eid : Oui. Mais cela peut avoir des conséquences. J’ai vécu de longues années en Allemagne et, parce que je dis sur scène ce que je pense être juste, j’ai rencontré des difficultés. Je considère que le ministère allemand de la Culture m’a mis des batons dans les roues et que plusieurs de mes concerts ont été annulés. Dans certaines parties de l’Europe centrale, prendre la parole au micro pendant les concerts peut aussi avoir des conséquences. Mais je continue à dire ce que je pense devoir dire.
Quelles sont aujourd’hui les conditions de travail d’un artiste palestinien ?
Ahmed Eid : Je ne peux pas me comparer aux artistes palestiniens qui vivent en Palestine. J’ai beaucoup de privilèges liés au fait d’avoir vécu dans des pays occidentaux plus riches. Cela m’a aussi donné la possibilité de voyager et de jouer des concerts dans différents endroits. Il y a quelques années, j’ai obtenu un passeport allemand. Je ne peux donc pas comparer ma situation à celle d’un artiste palestinien vivant en Palestine. Malgré cela, j’ai moi-même rencontré des obstacles professionnels. Mon dernier album, par exemple, j’ai dû l’enregistrer et le financer moi-même. Cela m’a coûté environ 15 000 euros.
Vous avez aussi créé le Palestine Music Space. Quel est l’objectif de ce projet ?
Ahmed Eid : J’ai créé le Palestine Music Space en Palestine il y a quatre ans. C’est un lieu avec un studio dans lequel j’organise des ateliers. Au début, j’étais seul, mais l’équipe s’est agrandie. Pour les jeunes musiciens, tout est gratuit. Nous les accompagnons notamment dans les arrangements et la production. Aujourd’hui, nous avons environ 60 à 70 jeunes musiciens et huit ou neuf groupes. Beaucoup de musique est enregistrée dans le studio. Il y a des instrumentistes, des chanteurs et beaucoup de jam-sessions. C’est devenu une véritable communauté.
Comment partagez-vous aujourd’hui votre temps entre la Palestine et l’Europe ?
Ahmed Eid : Je passe environ une moitié de l’année en Europe et l’autre en Palestine. J’essaie d’être en Palestine pendant six mois, entre l’automne et l’hiver. Le reste du temps, je tourne en Europe. C’est ainsi que je fonctionne depuis environ quatre ans.
Quels sont vos prochains projets ?
Ahmed Eid : J’ai déjà commencé à réfléchir au prochain album, alors que le précédent est sorti il y a seulement quatre mois. Je réfléchis à sa structure et je pense qu’il prendra la forme d’un album-concept. Je vais commencer à travailler dessus l’année prochaine.
Foire aux questions sur Ahmed Eid
Qui est Ahmed Eid ?
Ahmed Eid est un musicien et chanteur palestinien originaire de Ramallah, en Cisjordanie. Son parcours l’a conduit de la Palestine à l’Allemagne, puis récemment à Marseille.
Quel type de musique joue Ahmed Eid ?
Sa musique traverse plusieurs univers. Il cite notamment la musique traditionnelle arabe, le jazz, le classique, le folk, le rock et la musique improvisée. Il présente ce mélange comme le résultat naturel de son parcours musical.
Quelle place la Palestine occupe-t-elle dans sa musique ?
Ahmed Eid explique écrire à partir de la réalité qu’il vit. Pour lui, la musique permet de partager une expérience avec le public et d’aborder naturellement les réalités politiques et sociales qui l’entourent.
Qu’est-ce que le Palestine Music Space ?
Le Palestine Music Space est un projet créé par Ahmed Eid en Palestine. Il comprend notamment un studio et propose gratuitement des ateliers ainsi qu’un accompagnement aux jeunes musiciens.
