Tunisair : un emprunt de 24 millions de dinars pour éviter le décrochage

Alors que sa situation financière et opérationnelle demeure particulièrement préoccupante, Tunisair envisage de contracter un emprunt obligataire de 24 millions de dinars. Une bouffée d’oxygène financière qui ne semble toutefois pas devoir répondre aux difficultés structurelles du transporteur national, confronté à une flotte vieillissante, à des appareils immobilisés et à des besoins de trésorerie toujours plus pressants.
La compagnie aérienne nationale cherche de nouvelles ressources pour maintenir son activité à flot. Selon le projet de résolutions de l’Assemblée générale ordinaire de Tunisair, prévue le 10 novembre 2026 à Tunis, le transporteur envisage l’émission d’un emprunt obligataire d’un montant de 24 millions de dinars (environ 7 millions d’euros), sans recours à l’appel public à l’épargne, apprend-on ce lundi 2 novembre. Le projet prévoit de déléguer au conseil d’administration les prérogatives nécessaires pour procéder à cette opération, en une ou plusieurs fois, et en fixer les modalités. L’émission devra intervenir dans un délai maximal de douze mois à compter de la tenue de l’assemblée générale.
Si cette opération peut permettre à la compagnie de disposer de liquidités supplémentaires à court terme, elle ne constitue pas, en elle-même, un signal de redressement, loin s’en faut. « Elle traduit plutôt la persistance de difficultés de financement qui pèsent sur l’exploitation quotidienne du transporteur », constate une source proche du dossier. Dans un contexte où Tunisair peine à assurer la disponibilité de l’ensemble de ses appareils et à maintenir une offre de transport à la hauteur de ses ambitions, le recours à l’endettement apparaît davantage comme une solution de trésorerie que comme un véritable levier de transformation.
Une perfusion financière pour parer aux urgences
Car les 24 millions de dinars envisagés risquent ainsi de servir essentiellement à répondre aux besoins les plus immédiats de la compagnie. Parmi les postes de dépenses prioritaires figurent notamment la maintenance lourde des appareils immobilisés, dont la remise en service nécessite des interventions coûteuses, ainsi que le simple approvisionnement en kérosène.
Autrement dit, cette nouvelle injection financière pourrait contribuer à maintenir les avions opérationnels et à éviter de nouvelles perturbations du programme de vols, sans pour autant modifier sensiblement les capacités de la compagnie. Une situation d’autant plus préoccupante que l’immobilisation prolongée d’appareils entraîne un cercle vicieux : moins d’avions disponibles signifie une capacité commerciale réduite, tandis que les charges fixes et les coûts de maintenance continuent de peser sur les finances de l’entreprise.
Cette logique de financement dans l’urgence soulève également la question de la capacité de Tunisair à honorer ses futurs engagements financiers, alors même que ses difficultés opérationnelles ne sont toujours pas résolues.
Le spectre d’un redressement toujours repoussé
Surtout, cet emprunt ne semble pas de nature à financer les investissements dont Tunisair aurait besoin pour retrouver une véritable compétitivité. L’acquisition de nouveaux appareils, le renouvellement d’une flotte vieillissante et la modernisation des moyens techniques et opérationnels supposent des ressources bien plus importantes et une stratégie d’investissement inscrite dans la durée.
Le risque est donc de voir la compagnie s’enfermer dans une succession de solutions financières ponctuelles, destinées à couvrir les urgences sans s’attaquer aux causes profondes de son déclin. Or, dans un secteur aérien marqué par une concurrence régionale et internationale particulièrement intense, même en l’absence d’Open Sky en Tunisie, le maintien d’une activité minimale ne saurait constituer une stratégie de développement.
Au-delà du montant de l’emprunt, c’est donc la question du modèle économique et de l’avenir du transporteur national qui se pose. Entre besoins immédiats de trésorerie, contraintes d’exploitation et investissements reportés, Tunisair reste confrontée à un défi autrement plus considérable que la mobilisation de 24 millions de dinars : retrouver les moyens financiers, matériels et organisationnels de son redressement.
Le transporteur affiche un ratio particulièrement élevé d’environ 136 employés par avion actif. Bien qu’un plan de restructuration ait progressivement réduit le personnel à moins de 2600 employés début 2026, la baisse constante de la flotte opérationnelle maintient une pression disproportionnée sur les coûts, au moment où Carthage refuse catégoriquement l’entrée de capitaux privés dans la compagnie.
