A Alger, certains ne croient pas au 5e mandat de Bouteflika

 A Alger, certains ne croient pas au 5e mandat de Bouteflika

Le président algérien


Il y a quelques jours, tout le monde était persuadé qu’Abdelaziz Bouteflika, 81 ans, président algérien depuis 1999, victime d’un AVC en 2013, se représentait pour un 5e mandat. En cause, cette déclaration datée du dimanche 28 octobre de Djamel Ould Abbes chef du FLN rapportée par l’APS, l’agence de presse algérienne. « Le président Bouteflika, également président du parti, est le candidat du FLN à l'élection présidentielle prévue en 2019 », ajoutant que «cette candidature est une revendication de tous les cadres et militants du FLN sur l'ensemble du territoire national ». 


 


A Alger, la nuance est de mise. Pour le citoyen lambda rencontré dans les rues, « rien n’est joué ». « Si Boutef était vraiment candidat, la télévision publique algérienne, qui est la voix du gouvernement, l’aurait annoncé », rappelle Hamid, chauffeur de taxi, habitant de Bab-El-Oued. 


« On a l’habitude de ces annonces, on verra quand ça sera officiel. Perso, je n'y crois pas. Par contre, ça serait vraiment honteux qu’il brigue un 5e mandat », peste Safia, qui tient un commerce dans la très chic avenue Didouche Mourad. «On est la risée du monde entier», souffle-t-elle dépitée. 


Hamid est coiffeur près de la Casbah depuis plus de trente ans. « Je ne pense pas que Boutef va rempiler pour un 5e mandat ». Plus que la candidature éventuelle du président algérien, Hamid aimerait surtout que le FLN quitte le pouvoir. « Depuis l'indépendance, nous avons les mêmes dirigeants. La même politique qui a mené le pays à la catastrophe. Tout est cher ici : dès qu'elle le peut, la jeunesse fuit l'Algérie. A quoi ça sert de permettre à d'autres partis de se présenter si le jeu est truqué à l'avance ? », questionne-t-il. « Il est vraiment temps qu'ils s'en aillent tous. Place aux autres, à la jeune génération », continue Hamid. 


Chef de l'Etat depuis 1999 et détenteur du record de longévité à la tête de l'Algérie, Abdelaziz Bouteflika ne fait que de rares apparitions publiques, sur un fauteuil roulant. Il ne s'exprime plus en public depuis son AVC. Sa santé fait l'objet de spéculations récurrentes. En avril 2014, il a été réélu pour un 4e mandat, un an presque jour pour jour après cet AVC pour lequel il avait été hospitalisé durant trois mois à Paris.


A l'époque, Abdelaziz Bouteflika n'avait mis fin aux interminables spéculations autour de sa candidature que deux mois avant le scrutin et une dizaine de jours avant la clôture des candidatures. Durant plusieurs semaines, le secrétaire général du FLN de l'époque, Amar Saïdani, avait alors répété qu'Abdelaziz Bouteflika serait candidat.


Pour Méziane Abane, journaliste à El Watan, le « problème est ailleurs ». Ce dernier n’y va pas par quatre chemins : « Boutef peut briguer 10 mandats s'il le veut. Il a été déjà maintenu plus de 5 ans sans qu'il ne bouge, ne parle ou gesticule. Où est le problème s'il continue mort ou vivant ? De toute façon, comme me l'a confié quelqu'un de la présidence :  «L'Algérie a les moyens de le maintenir en vie. Et tant qu'il respire, il sera toujours Président de la République ». 


« Depuis qu'il a déclaré sa candidature pour le 4e mandat où il n'a même pas eu besoin de faire compagne, je ne crois plus en rien », embraie Méziane Abane. «Leur but est la continuité et le maintien de leurs intérêts.  Mort ou vivant, comme il me l'a dit un adversaire politique dans un débat sur un plateau télé, ils iront avec lui pour un 5e mandat », conclut-il désabusé. 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.