Nouvelle constitution : “Nous ne nous laisserons pas déchoir de notre citoyenneté algérienne en restant les bras croisés”, Akli Mellouli, président de l’espace Franco-Algérien

 Nouvelle constitution : “Nous ne nous laisserons pas déchoir de notre citoyenneté algérienne en restant les bras croisés”, Akli Mellouli, président de l’espace Franco-Algérien

Akli Mellouli


 


Les Franco-Algériens sont en colère. Et ils sont bien décidés à le faire savoir. Dans leur viseur, l’article 51 de l’avant-projet de révision de la Constitution, qui prévoit que seuls les Algériens disposant d'une seule et unique nationalité peuvent accéder « aux hautes responsabilités de l’Etat et aux fonctions politiques », excluant de fait les binationaux. Pour Akli Mellouli, président de l'espace Franco-Algérien, si la nouvelle Constitution était adoptée, les binationaux deviendraient alors des "citoyens de seconde zone". 


 


Pourquoi vous mobilisez-vous contre cet article de loi ?


L’article 51 de l’avant-projet de révision de la Constitution dit que « l’égal accès aux fonctions et aux emplois au sein de l’Etat, est garanti à tous les citoyens, sans autres conditions que celles fixées par la loi ». Mais plus loin, ce même texte dit aussi que « la nationalité algérienne exclusive est requise pour l’accès aux hautes responsabilités de l’Etat et aux fonctions politiques. »


L’exclusivité de la nationalité algérienne exclut de fait tous les binationaux de la sphère décisionnaire et de l’espace politique. En clair, dès l’adoption de cette Constitution, nous deviendrons des citoyens de seconde zone avec des droits amputés. C’est injuste, intolérable et révoltant.


En plus d’être anticonstitutionnel, ce texte est en contradiction avec l’article 29 qui stipule que « les citoyens sont égaux devant la loi, sans que puisse prévaloir aucune discrimination pour cause de naissance, de race, de sexe, d’opinion ou de toute autre condition ou circonstance personnelle ou sociale. ». 


On a donc affaire à un article discriminatoire qui renvoie  sept millions d’Algériennes et d’Algériens à la sous citoyenneté. Il insulte la mémoire de ces milliers de martyrs, morts pour que tous les Algériens soient des citoyens à part entière. Il remet en cause la sincérité de notre attachement à notre pays d’origine.


Cet article est donc dangereux : il divise le peuple et il dessert le pays en lui interdisant de bénéficier des compétences établies à l’étranger.


 


Pourquoi selon vous le président Bouteflika a-t-il décidé de réviser la Constitution ? 


D’après ses explications, il le fait pour inscrire l’Algérie dans la démocratie. C’est donc surprenant qu’au nom de cette démocratie, on commence par exclure une partie du peuple algérien !



Cet article a-t-il des chances d'être voté ?

Si le conseil constitutionnel n’invalide pas cet article, je pense qu’il sera voté car il ne sera pas soumis à un référendum populaire, ni à un débat au sein du Parlement. Les deux chambres vont être réunies et les parlementaires auront à voter globalement sur la Constitution. Comme la majorité parlementaire est aussi la majorité présidentielle, la suite des évènements est toute tracée…


 


Que demandez-vous au final ?


Le retrait total de cet article. Pour cela, nous mobilisons nos compatriotes partout dans le monde. Le 6 février prochain, un collectif d'associations organise des rencontres un peu partout en France pour informer et mobiliser nos concitoyens.

Le 7 février, nous organisons, cette fois-ci, un peu partout dans le monde une votation citoyenne*. Toutes les Algériennes et tous les Algériens volontaires quadrilleront leur ville, leur quartier avec une urne et un bulletin de vote à distribuer à leurs familles, leurs voisins, leurs amis. L'espace franco-algérien appelle bien entendu à voter contre cet article 51. Nous voulons montrer aux rédacteurs de cet article que nous ne nous laisserons pas déchoir de notre citoyenneté algérienne en restant les bras croisés.


 


* A la différence d’un référendum, la votation citoyenne n’est pas un processus institutionnel décidé par les élus ou le gouvernement. C’est un référendum auto-organisé qui naît et existe par la mobilisation citoyenne.


 


Propos recueillis par Nadir Dendoune

Nadir Dendoune

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