Au Parlement européen, le cri d’alerte de Dalila Ben Mbarek sur les libertés en Tunisie

 Au Parlement européen, le cri d’alerte de Dalila Ben Mbarek sur les libertés en Tunisie

Le 17 avril 2026, l’avocate tunisienne Dalila Ben Mbarek a livré un témoignage particulièrement remarqué devant la Commission des droits de l’Homme du Parlement européen.

 

Invitée à s’exprimer durant six minutes, elle en a finalement pris neuf, sans être interrompue par les modérateurs — un fait notable qui témoigne de l’attention suscitée par son intervention. Visiblement émue, la juriste a dressé un tableau préoccupant de la situation des libertés publiques en Tunisie, évoquant une dérive qu’elle juge de plus en plus décomplexée.

Cette audition s’inscrit dans un contexte politique tendu en Tunisie, caractérisé par la multiplication des poursuites visant des figures de l’opposition, des avocats ou encore des journalistes. Depuis plusieurs mois, les organisations de défense des droits humains alertent sur un recul des garanties judiciaires et des libertés publiques. Le témoignage de Dalila Ben Mbarek, par sa dimension personnelle et sa portée politique, est ainsi venu donner un écho particulier à ces préoccupations sur la scène européenne.

 

Une intervention marquante et chargée d’émotion

Sa prise de parole, ponctuée d’émotion, a profondément marqué les esprits à Bruxelles comme à Tunis. L’avocate a dénoncé « des procès sans garanties d’un procès équitable » et fustigé « une justice instrumentalisée pour faire taire les voix dissidentes ».

Elle a également affirmé que « des dizaines de prisonniers politiques sont aujourd’hui privés de leurs droits fondamentaux », décrivant un climat de répression qui, selon elle, ne cesse de s’aggraver. À travers un discours direct et personnel, elle a cherché à alerter les institutions européennes sur ce qu’elle considère comme une remise en cause des acquis démocratiques en Tunisie.

 

Procès politiques et appel à la responsabilité européenne

Au cœur de son intervention figurait le cas de son frère, Jaouhar Ben Mbarek, condamné fin 2025 à vingt ans de prison pour complot contre la sûreté de l’Etat, aux côtés de plusieurs autres figures de l’opposition. Pour Dalila Ben Mbarek, cette affaire illustre une stratégie plus large visant à neutraliser les voix critiques.

Elle a insisté sur le caractère politique de ces condamnations, déclarant qu’« il ne s’agit pas de décisions de justice, mais de décisions politiques ». Dans un passage particulièrement prégnant, elle a interpellé directement les responsables européens : « L’Europe ne peut pas rester silencieuse face à ce qui se passe en Tunisie. Un partenaire où l’Etat de droit n’est pas respecté n’est ni un partenaire stable ni un partenaire fiable », a-t-elle martelé.

Elle a ainsi appelé la Commission européenne et les États membres à conditionner davantage leur coopération avec Tunis au respect des droits fondamentaux, rappelant que les accusés ont été poursuivie en partie pour leurs entretiens avec des ambassadeurs et diplomates européens.

Son intervention a suscité des réactions contrastées. En Tunisie, certains députés et internautes ont dénoncé une prise de parole « à charge » encourageant une ingérence occidentale contre son propre pays, tandis que plusieurs organisations de défense des droits humains ont salué un témoignage « courageux et nécessaire ».

En Europe, des députés ont exprimé leur inquiétude, relançant le débat sur les relations globalement inchangées entre l’Union européenne et la Tunisie. Au-delà des divergences, cette audition a replacé la question des libertés publiques tunisiennes au chapitre des préoccupations internationales à l’ordre du jour, dans un contexte politique toujours sous tension.