Canal+ assigné en justice pour discrimination

Le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, au cœur d’une polémique autour de la liberté d’expression et de l’influence de Vincent Bolloré sur le cinéma français. ©LOU BENOIST / AFP
Canal+ est visé par une action en justice pour discrimination après les propos de Maxime Saada au Festival de Cannes, sur fond de polémique autour de Vincent Bolloré.
La Ligue des droits de l’Homme (LDH) et la CGT Spectacle déploraient samedi 23 mai « un choix inacceptable et brutal de discriminer en raison d’une expression politique et syndicale pour museler les voix qui s’élèvent dans la profession contre l’emprise croissante de Vincent Bolloré sur l’ensemble de la chaîne de fabrication et de diffusion du cinéma ». La LDH et la CGT Spectacle annonçaient avoir engagé une action en justice pour discrimination contre Canal+.
Une décision motivée par la réaction de Maxime Saada, président du directoire de la chaîne cryptée, à une tribune critique s’opposant à l’hégémonie du groupe sur le monde du cinéma français. « Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste », lâchait le patron de Canal+ en plein Festival de Cannes, le 17 mai.
Hégémonie et liberté d’expression
En octobre dernier, le groupe Canal+ a acquis 34 % du capital d’UGC, avec l’espoir d’en contrôler la totalité dès 2028. Financement, distribution, diffusion sur petit et grand écran : le groupe a désormais la main sur toute la chaîne de fabrication d’un film en France.
Selon l’AFP, dans cette assignation au tribunal judiciaire de Nanterre, la LDH et la CGT Spectacle avertissaient : « En stigmatisant publiquement les signataires d’une tribune relevant du débat d’intérêt général, les propos de Maxime Saada sont susceptibles de porter atteinte à l’exercice effectif de leur liberté d’expression, en créant un climat dissuasif propre à décourager toute prise de parole critique au sein du secteur audiovisuel et culturel. »
Dans une réaction mesurée, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, regrettait une escalade à la suite des propos de Maxime Saada : « La place majeure de Canal+ dans le cinéma lui donne une voix qui compte. Je regrette que la réponse disproportionnée apportée aux inquiétudes réelles qui se sont exprimées les avive. »
Projet « d’extrême droite »
Initialement signée par plus de 600 personnalités du cinéma français, dont Juliette Binoche et Swann Arlaud, la tribune « Zapper Bolloré » a mis le feu à la Croisette.
« Derrière son costume d’homme d’affaires, le milliardaire ne cache pas mener un “projet civilisationnel”, réactionnaire d’extrême droite, à travers ses chaînes de télévision comme CNews et ses maisons d’édition », accuse la tribune. Elle met cette emprise du groupe sur le cinéma français en corrélation avec la volonté du Rassemblement national de démanteler le CNC et l’audiovisuel public.
Une collusion de fait qui suscite l’inquiétude des signataires : « Si l’influence de cette offensive idéologique sur le contenu des films a été, pour le moment, discrète, nous ne nous faisons pas d’illusion : ça ne durera pas (…) En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif. »
