Canal+ censure une émission où Assa Traoré est présentée comme une « figure féministe inspirante »

 Canal+ censure une émission où Assa Traoré est présentée comme une « figure féministe inspirante »

Sur sa page Facebook, la  journaliste française Claire Diao, 34 ans, ne décolère pas. Selon elle, l’émission qu’elle anime depuis 2019, aurait été interrompue par le directeur des programmes de Canal Plus Afrique ce 23 juin, parce qu’une intervenante aurait présenté Assa Traoré comme une « figure féministe inspirante ».

 

« Le tournage de notre émission Ciné Le Mag a été interrompue par le directeur des programmes parce qu’une invitée Annabelle Lengronne venait de citer le nom d’Assa Traoré comme figure féminine inspirante », dénonce Claire Diao.

Tout commence le 23 juin dernier. Comme chaque semaine, Claire Diao et son équipe enregistrent leur émission.

Ciné Le Mag, qui n’est pas en direct, est diffusé chaque samedi à 19.45 sur Canal Plus Afrique.

« L’émission a été diffusée le 11 juillet et l’intervention d’Annabelle Lengronne a été supprimée au montage », explique encore Claire Diao.

Une censure qui passe mal au sein de l’équipe de Ciné Mag qui fait part alors de leur mécontentement auprès de leur direction. En vain. Après 82 épisodes « suite à la pression puis à la menace d’éviction de notre équipe par la production suivis par plusieurs pourparlers avec la direction de Canal + Afrique », Claire Diao et son équipe décident alors de démissionner.

« Une bien mauvaise nouvelle pour la liberté d’expression et la mise en valeur des cinémas d’Afrique », a réagi sur sa page Facebook le Festival Lumières d’Afrique.

Plus remontée, la réalisatrice franco-marocaine Simone Bitton.

« Canal+ Afrique, la honte ! Claire Diao est une figure incontournable de la jeune critique, distribution et programmation du cinéma africain et (pour faire court) cinéma de la diversité », a protesté désabusée Simone Bitton. « Elle abat un boulot incroyable depuis plusieurs années. Assa Traoré fait la couverture du magazine du Monde et les gros titres de toute la presse », a-t-elle continué. « Mais sans doute faut-il être blanc pour parler des noirs, et surtout il ne faut pas ériger en modèle une femme noire qui lutte et qui fédère déjà, c’est ça ? », a conclu Simone Bitton.

Contactée, la direction de Canal Plus Afrique n’a pour l’instant pas donné suite à nos demandes d’interview.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.