Le 8 mai algérien

 Le 8 mai algérien


C'est un épisode encore méconnu du grand public. Et pourtant, pour les Algériens, le 8 mai 1945 est lourd de symbole. Il y a 72 ans jour pour jour, le 8 mai 1945, tandis que la France et ses alliés célèbrent leur liberté marquant la fin du nazisme, d’autres en étaient privés. Les massacres de Sétif et leurs scènes de barbarie marquent ainsi les prémices de la guerre d’Algérie, qui démarrera neuf ans plus tard le 1er novembre 1954.


De l’autre côté de la Méditerranée, dans une Algérie prise dans l'étau colonial, un rassemblement pacifique est organisé à Sétif, une ville du Constantinois, située à 300km à l’est d’Alger. Il sera durement réprimé par le sang. Le bilan est très lourd : certains historiens parlent de 45000 morts. Une centaine d'européens seront également tués. Mais à l’époque, la France tente de minimiser le nombre de victimes : à peine 1000 morts selon l’ancienne puissance coloniale.


Surtout, les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, sont passés sous silence. "Il faut rappeler que les crimes ont été appuyés par le gouvernement français où figuraient des membres réputés de la résistance, comme Charles Tillon…", dénonce Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire, spécialiste des questions coloniales et membre du collectif "L'autre 8 mai 1945". 



À l'époque donc, la manifestation est autorisée sous certaines conditions : les slogans politiques sont proscrits et le drapeau algérien y est interdit ! Le cortège se dirige vers le quartier européen portant des pancartes : "Nous voulons être vos égaux", "Libérez Messali".


Les manifestants réclament la fin du colonialisme, et la libération de Messali Hadj, un leader nationaliste, arrêté quelques semaines plus tôt. Le rassemblement pacifiste tourne à la tragédie quand Saâl Bouzid, un scout âgé de 22 ans, est assassiné par un commissaire de police parce qu’il arbore un drapeau algérien. Le mouvement de protestation s’étend ensuite dans les villages des alentours, notamment à Guelma et Kherrata.


"Il va durer jusqu’en septembre 1945", précise Olivier Le Cour Grandmaison. "Toutes les forces françaises sont alors déployées : la police, la gendarmerie, l’armée de terre, l’armée de l’air, la marine mais aussi de nombreuses milices composées de civils d’origine européenne. Pendant plusieurs mois, ils vont faire régner la terreur pour rétablir l’ordre colonial et défendre l’Algérie française", explique Olivier Le Cour Grandmaison. Des manifestants qui seront arrêtés, torturés et exécutés sommairement.


72 ans après les faits, Il faut attendre le 27 février 2005 pour que l’ambassadeur de France à Alger, Hubert Colin de Verdière, fasse un premier pas en parlant de "tragédie inexcusable". Son successeur, Bernard Bajolet condamnera à son tour en 2008 ces massacres. Quatre ans plus tard, en 2012, le président François Hollande reconnaitra "les souffrances que la colonisation a infligées", sans pour autant évoquer les horreurs de Sétif.


L'ouverture de toutes les archives et la création d’un lieu du souvenir à la mémoire des victimes sont également demandées par plusieurs associations de défense de droits de l'homme.


"Il faut en finir avec le mépris, l’occultation et les tergiversations qui, depuis trop longtemps, tiennent lieu de politique. Dire clairement et explicitement ce qui a été perpétré il y a soixante-douze ans dans le Constantinois est la seule façon de rendre justice à celles et ceux qui ont été assassinés et à leurs descendants, qu’ils vivent en France ou en Algérie. A la connaissance, désormais bien établie, doivent succéder le temps de la reconnaissance et le courage de la vérité", demande Olivier Le Cour Grandmaison, qui sera présent au rassemblement organisé par le collectif unitaire pour la reconnaissance des crimes d'état en Algérie ce lundi 8 mai 2017 à 17h à l'Hôtel de Ville à Paris.



Que pense-t-il de l'élection ce dimanche d'Emmanuel Macron à la tête de la présidence française ? Le candidat d'En Marche avait qualifié le 15 février dernier la colonisation de crime contre l'humanité. "Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste, je suis comme Saint Thomas : j'attends qu'il passe de la parole aux actes.  Mais en ce domaine, je pense qu'il ne bougera pas", conclut amer Olivier Le Cour Grandmaison. 


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.