Ces commerçants de la place de la République qui soutiennent Nuit Debout

 Ces commerçants de la place de la République qui soutiennent Nuit Debout


 


Samir est à la tête du restaurant "Le Côte d'Azur" depuis 33 ans. "Avant Nuit Debout, je n'ouvrais  jamais le dimanche ", dit avec le sourire cet Egyptien d'Alexandrie arrivé en France au début des années 70, patron de ce petit commerce familial situé à quelques pas de la place de la République, juste en face de la Bourse du travail. "Avec tout ce monde qui vient ici, ça serait irresponsable de fermer ce jour-là", lâche Samir.


 


Les nouveaux clients de son restaurant qui font le bonheur de ce propriétaire jovial, à la vanne facile,  sont essentiellement les manifestants de Nuit Debout. "De nombreuses réunions ont lieu ici", témoigne Samir. "Le patron de Fakir, François Ruffin (NDLR : le réalisateur de Merci Patron, le film qui cartonne en ce moment) adore venir ici. Il trouve que mon restaurant est à leur image : modeste et atypique", dit encore le gérant. 


Samir espère que Nuit Debout va continuer encore un peu, pour combler un manque de fréquentation qu'il observe chaque année à cette période,  "parce qu'en plus des examens des étudiants, il y a le ramadan qui arrive à grands pas", précise-t-il.


Il n'est pas le seul commerçant du quartier à se satisfaire de ce mouvement qui dure depuis plus de 5 semaines, mais Samir est le seul à témoigner à visage découvert. Les autres rencontrés préfèrent garder l'anonymat. 


Comme Mouloud*, un quadragénaire, patron d'un restaurant doté d'une belle terrasse, qui a vu sa fréquentation augmenter de "façon très significative" depuis que Nuit Debout existe. Le collectif "République en colère", initié par une militante Les Républicains qui tente depuis le 26 avril de mobiliser les riverains et les commerçants du quartier excédés par les nuisances, est venu il y a quelques jours demander à Mouloud de signer une pétition contre Nuit Debout.


"Bien sûr, j'ai refusé. Déjà, ce qu'il se passe place de la République est bon pour le business. Et puis à titre personnel, je suis solidaire du mouvement. Ils débattent, essaient de trouver des solutions pour l'avenir. C'est super", dit encore Mouloud, un Kabyle comme la majorité de ceux qui gèrent les bars des alentours. 


Une solidarité que le patron manifeste en offrant de l'eau, filant des chaises ou des tables aux révolutionnaires de la place de la République. "Comme j'ai un business à faire tourner, je préfère que le nom de mon restaurant ne soit pas cité", demande poliment Mouloud. "Ça pourrait se retourner contre moi, une fois Nuit Debout terminé". 


De l'autre côté de la place de la République, pas loin des théâtres, un autre bar affiche complet. "Depuis un mois, on travaille beaucoup plus. On a même dû engager quelqu'un d'autre pour nous aider", admet un serveur qui n'a pas "les autorisations de son patron pour s'exprimer". "J'ai lu quelques articles qui disaient que les commerçants en avaient marre de Nuit Debout. La plupart de mes collègues sont plutôt contents de voir autant de monde venir se restaurer dans leurs établissements", tacle-t-il, en espérant, lui aussi, que le mouvement puisse "durer encore un peu".


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.