L’appel de Kaouther Ben Mohamed à voter blanc au second tour

 L’appel de Kaouther Ben Mohamed à voter blanc au second tour

Le 7 mai 2017


Kaouther Ben Mohamed, une Marseillaise de 40 ans se présente comme une "citoyenne engagée", affiliée à aucun parti, proche néanmoins des idées de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Agacée par "les chantages à répétition" appelant à faire barrage au Front national, cette maman d'un petit garçon a décidé de lancer un appel afin qu'on arrête de  "culpabiliser celles et ceux qui sont épuisées-es de voter contre la peste ou le choléra".


Dimanche 7 mai, pour le second tour de l'élection présidentielle, elle votera donc blanc. Pour elle, ça sera ni Le Pen, ni Macron. Un choix que Kaouther promet  d'assumer jusqu'au bout, malgré la présence au second tour de la candidate de l'extrême droite. Et elle semble n'être pas la seule dans ce cas. Elle nous explique pourquoi. 



LCDL : Vous semblez assez remontée…


Kaouther Ben Mohamed : Oui, c'est vrai. Et il y a de quoi ! On a l'impression que pour le deuxième tour, il nous est interdit de voter "Blanc". J'aurais 40 ans dans quelques semaines, et je refuse de céder une énième fois au chantage du "front républicain" ! Je suis une républicaine. Je suis libre. Je refuse d'être prise en otage à cause des échecs successifs de la droite et de la gauche depuis 30 ans ! Je ne suis pas, nous ne sommes pas responsables de la montée du FN dans notre pays ! Les résultats du premier tour sont sans appel. Les Français-es ont clairement choisi d’en finir avec les deux blocs droite-gauche qui se partagent le pouvoir depuis plus de cinquante ans. 


C’est un vote de rupture avec tout un système de gouvernance et avec des politiques d’austérité successives qui sont totalement responsables de l’ancrage du FN au sein de nos villes et de nos campagnes. Depuis dimanche, nous assistons au bal des ralliements soi-disant républicains, qui sont la honte de chaque élection. L’irresponsabilité qui à chaque scrutin, local ou national, révèle les jeux de pouvoirs et les alliances « gamelles » qui répugnent les Français-es. Ce chantage moral du "front républicain" est la supercherie qui elle aussi a contribué à amener le parti de la haine à s’installer tous les jours un peu plus au sein de nos foyers.


Vous appelez à un renouvellement des représentants politiques…


Oui. Mais c'est aussi ce qu'a demandé le peuple de France par son vote de dimanche dernier. Il y a près de 8 millions de Français-es qui ont voté pour une France raciste, xénophobe, homophobe, nationaliste, repliée sur elle même, qui a la haine des autres et de sa propre histoire. Même si c’est très choquant, nous ne pouvons plus ne pas tenir compte de l’expression de ces Français-es plus longtemps. Au milieu de ce marasme, l’extraordinaire percée de Mélenchon et de ses Insoumis-es ne peut être également ignorée.

L’incroyable (et improbable pour les sondeurs) score de Jean Luc Mélenchon sonne le glas de la Révolution Citoyenne qui est en marche. Nous ne devons pas abandonner cette merveilleuse dynamique populaire parce que les règles de ce système dont nous ne voulons plus ne nous le permettent pas. 



Même si le danger de voir arriver à la tête de la France Marine Le Pen existe, vous ne changerez pas d'avis ? 



Oui. Je ferai mon devoir en mon âme et conscience sans céder ni concéder mes valeurs et mes principes fondamentaux ! Je voterai donc blanc ! Et j’invite toutes celles et ceux qui ne se retrouvent ni dans le projet ultra libéral de Macron, ni dans celui raciste et xénophobe de Lepen à voter blanc également. Y compris ceux qui ont décidé de s'abstenir. Il est fondamental de résister et de continuer le processus de libération de cette aliénation politique et économique. Et à celles et ceux qui vont brandir la menace de la peste brune, je réponds en toute conscience que pour éliminer le FN et ses idées nauséabondes, il faut les combattre et les battre et non dévier à chaque échéance électorale !



Sauf que le vote blanc n'est pas comptabilisé pour l’instant…



Cest vrai, mais il ne tient qu’à nous, collectivement, d’imposer sa prise en compte. Et je ne peux pas croire que si nous sommes le 7 mai prochain un maximum de citoyens-es à voter blanc contre Lepen et Macron, que ce dernier ne soit pas pris en compte ! Nous devons imposer sa comptabilisation. Nous devons exiger le réel renouvellement de nos représentants-es. Nous devons exiger la fin de ce système ou l’oligarchie ne sert et ne défend que ses propres intérêts ainsi que ceux du monde de la finance dont ils sont les laquais.


Propos recueillis par Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.