« La justice a fabriqué cette histoire d’outrage », Abdelaziz Chaambi , président du CRI

 « La justice a fabriqué cette histoire d’outrage », Abdelaziz Chaambi , président du CRI

Abdelaziz Chaambi


Fin janvier 2015, Bourgoin-Jallieu dans l'Isère. La justice française décide de retirer aux parents Msakni la garde de leurs cinq enfants, dont un nourrisson de trois mois, provoquant l'indignation d'Abdelaziz Chaambi, président du CRI (Coordination contre l'islamophobie ) qui décide alors de mener la fronde. Il est reproché au père, un homme de 30 ans, une pratique de « l’islam  radicale ». Pèse également sur lui des soupçons de maltraitance sur certains des enfants de sa compagne. Quelques semaines plus tard, grâce à la mobilisation des militants, les enfants seront rendus à leurs parents mais l'affaire ne s'arrête pas là pour autant : la justice décide alors de porter plainte contre Abdelaziz Chaambi. Son procès aura lieu le 15 Février 2017. Entretien. 

 


LCDL : Le procureur de la République de Bourgoin Jallieu a décidé de donner suite à la plainte déposée par le conseil départemental de l'Isère. Vous êtes convoqué le 15 février 2017 devant le tribunal. Cela vous surprend-t-il ? 



Abdelaziz Chaambi : Oui, je suis surpris. Je dirais que je suis surtout choqué. En 40 ans de militantisme, c’est la première fois que je suis trainé en justice pour mes opinions politiques. Pourtant, il m’est déjà arrivé "d'aller loin", voir "très loin". J'ai déjà déclenché des grèves sans l’accord du comité d’entreprise ou des syndicats. J'ai déjà mené une fronde en bloquant un chantier avec 4000 salariés issus de plusieurs entreprises. Et pas une fois, je n'ai été poursuivi devant les tribunaux. Pas une fois. 


Vous êtes poursuivi pour outrage pour des propos que vous aurez tenus à l'encontre de fonctionnaires du conseil général de l'Isère. Confirmez – vous les avoir tenus ?


J'aimerais d'abord rappeler que cette affaire remonte à février 2015. A ma grande surprise, j’ai été convoqué au commissariat près de 16 mois après les faits, pour apprendre que le Conseil départemental de l’Isère portait plainte contre moi. Selon eux, j'aurais tenu des paroles de nature à porter atteinte à la dignité et outragé des personnes employées par le conseil départemental de l'Isère. On me reproche d’avoir dit : "On veut voir la fonctionnaire qui a pris la mesure d'enlèvement. Elle devra rendre des comptes. Vous êtes des incompétents islamophobes. Ils sont sans coeur : ça les amuse de priver une maman de ses enfants. Ils sont tous complices de l'enlèvement des enfants". Il est possible que sous le coup de la colère, j’ai tenu ces propos. 


Les regrettez – vous aujourd'hui ?


Je n’ai fait qu’exprimer un sentiment général partagé par beaucoup de manifestants et même par la famille Msakni. Une parole qui avait besoin d’être entendue. Je n'ai été que le porte voix de la colère de ces citoyens, de cette famille et surtout de ces enfants victimes d’un arrachement aux conséquences désastreuses..



Pensez – vous que vos propos ont dépassé le cadre de la liberté d'expression ?


Non, je ne pense pas. D'ailleurs, les accusations initiales de menaces ont disparu car je n’ai menacé personne ! C'est bien la preuve que la justice me cherche des poux dans la tête. Elle a fabriqué cette histoire d’outrage.  


Pourquoi selon vous le conseil départemental a décidé de porter plainte contre vous ?


Cette affaire est politique. J'ai créé un rapport de force. Nous avons contraints l’Etat à reculer. En voulant criminaliser cette action en faveur de la famille Msakni et des enfants arrachés à leurs parents avec une violence inouïe, le département et le procureur, veulent dissuader d’autres militants d’emprunter la voie de la lutte et de la mobilisation auprès des victimes.


Propos recueillis par Nadir Dendoune

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune