« Les Affranchis du Cinéma », c’est parti

 « Les Affranchis du Cinéma », c’est parti

La salle du cinéma Georges-Méliès à Montreuil – Seine Saint Denis. Stephan Zaubitzer / Hans Lucas / AFP


C'est l'histoire d'une bande d'amis, tous passionnés de cinéma qui décident de continuer une aventure initiée il y a une dizaine d'années par Aicha Belaïdi. La fondatrice du festival les "Pépites du Cinéma" est décédée en janvier 2016. De nombreux jeunes issus des quartiers populaires lui doivent beaucoup. Malika, Sandrine, Sabrina, Delphine, Nadja et Adnane ont décidé de reprendre le flambeau. Désormais, ils s'appellent "Les Affranchis du Cinéma". Le 9 décembre, la projection de six courts métrages au cinéma Georges-Méliès à Montreuil (93) lancera leur aventure. 


Pourquoi le nom "Les Affranchis du Cinéma"?


C’est parti d’une blague. Au départ, on ne pensait pas se lancer dans ce nouveau projet. On parlait juste des difficultés que nous avions à remonter une nouvelle association sans aucun financement, en s’appuyant juste sur notre réseau. Un réseau que nous avions construit au cours de ces dix dernières années lors des éditons du festival Les Pépites du Cinéma. Les membres de l'équipe des Affranchis du Cinéma ont participé à cette fabuleuse aventure mais avec la disparition d'Aicha, la fondatrice, nous ne savions pas si nous devions continuer. Nous avons finalement accepté. Et le nom "Les Affranchis du Cinéma", nous est venu naturellement. C'est l'essence même de notre combat : diffuser les films d’une nouvelle génération de cinéastes, affranchis des codes et hors des parcours de diffusion habituels. 


Était-ce important pour vous de continuer l'aventure initiée il y a une dizaine d'années par Aicha Belaïdi ?


Oui, bien sûr. Aïcha, c'est un être irremplaçable et elle nous manque terriblement. Continuer l'oeuvre entreprise par elle, c'est respecter le travail que nous avons accompli tous ensemble. C'est aussi ne pas laisser retomber la dynamique mise en place depuis dix ans. Cela permet également de ne pas oublier tous les liens qu'Aïcha avait réussi à tisser entre nous tous. Nous avons partagé tellement de choses. 


Quel regard portez-vous sur le cinéma français ?


Il y a des choses qui avancent mais encore trop lentement. Le cinéma français a du mal à se renouveler. On voit souvent les mêmes personnes à l'écran. Le rôle des Affranchis du Cinéma est justement de mettre en valeur un autre cinéma, plus divers, moins figé. Voilà pourquoi, nous avons opté pour une programmation hétéroclite. Hétéroclite ne veut pas dire dénué de cohérence. Nous voulons mettre avant tout, en avant des films qui défendent un ensemble de valeurs, avec des notions de partage, de solidarité. 


Le programme ?


Le 16 novembre dernier, nous avons organisé une avant- première de la série "Craignos" réalisée par Jean Pascal Zadi et qui nous l'espérons devrait bientôt être diffusée à la télévision. Cette soirée spéciale avant le lancement officiel de l’association était avant tout un coup de cœur. Cela nous a paru évident de continuer à soutenir le travail de Jean-Pascal après la diffusion de ses précédents films qui avaient été sélectionnés aux Pépites du Cinéma. Le 9 décembre, pour le lancement officiel, nous projetterons six courts métrages, tous issus d'un cinéma que nous soutenons depuis des années. Pour 2017, nous souhaitons organiser d’autres événements. Nous préparons de nouvelles dates, dans des lieux différents, afin de créer de nouvelles rencontres, de nouveaux échanges entre les publics. 


Comment comptez-vous financez les prochains événements ?


Bonne question ! L'association fonctionne qu’à la seule et unique force de l’investissement personnel (bénévolat) des membres fondateurs et avec le soutien du public qui, nous l'espérons, seront nombreux à se déplacer à nos événements. Nous tenons particulièrement à ce qu'ils soient accessibles au plus grand nombre, d'où notre volonté de travailler en partenariat avec les lieux de diffusion. L’association est toute récente : elle a été créée en juin 2016. Nous irons chercher plus tard des financements, mais pour l’instant, l'objectif premier est de démarrer cette nouvelle aventure. 


Propos recueillis par Nadir Dendoune


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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.