« Palestine : la case prison », un documentaire salutaire

 « Palestine : la case prison », un documentaire salutaire

Palestine : la case prison


 


Le point fort du film "Palestine : la case prison", réalisé par Franck Salomé est qu'il est très pédagogique. Nul besoin d'être un expert de la question palestinienne pour comprendre à quel point la question des prisonniers est primordiale, déjà parce qu'elle touche tout le monde (chaque famille a (ou a eu) au moins un de ses membres incarcérés), mais surtout parce que la prison structure la vie quotidienne de toute une société.


 


Dans ce documentaire tourné en juin 2014, en Cisjordanie occupée, "pas à Gaza, où nous n'avons pas eu les autorisations", précise le réalisateur, Franck Salomé est parti interroger des anciens prisonniers palestiniens mais aussi des responsables d'association de défense de droits de l'homme, des juristes, à la fois israéliens et palestiniens et même un ancien soldat de l'armée d'occupation. 


Ce dernier livre un témoignage édifiant sur les méthodes de ses camarades. "On frappait tous les Palestiniens qu'on arrêtait, sans relâche et jusqu'à ce qu'ils arrivent au centre de détention", détaille l'ancien soldat, devenu depuis militant au sein de l'association israélienne Breaking the Silence.


Le documentaire aborde tous les aspects liés à l'emprisonnement. D'abord, l'arrestation, souvent motivée pour "des raisons de sécurité", donnant de fait une totale liberté à l'armée israélienne. Puis l'interrogatoire, mené en l'absence d'avocat et pouvant durer de quelques heures à plusieurs semaines.


Des prisonniers, les yeux bandés, soumis à des actes de torture, recevant des coups, mais aussi privés de sommeil, de nourriture. Des détenus placés souvent à l'isolement … Une fois en prison, les choses ne s'améliorent pas pour eux. Les mauvais traitements continuent.


Le documentaire évoque aussi le cas de ces mineurs prisonniers palestiniens, "une cible de premier choix", parce que comme le dit Shawan Jabarin, directeur de Al-Haq, une ONG palestinienne, "en s'attaquant aux enfants, ils s'en "prennent au futur des Palestiniens".


Des enfants que l'armée israélienne prend plaisir à humilier. Ala Abou Maria, arrêté à l'âge de 15 ans témoigne. "Le soldat m'a dit: J'ai des photos de toi qui montrent que tu lances les pierres. J'ai dit: Non, je ne lance pas les pières et je ne connais pas les personnes sur les photos (…). Il a renversé la chaise sur laquelle j'étais assis et m'a tabassé. Il m'a dit : il faut avouer tout de suite. Sinon, on va tuer ton copain".


Le film de Franck Salomé revient aussi en longueur sur la détention administrative, cette loi inique qui permet à l'armée israélienne d'emprisoner à souhait les Palestiniens pour une durée de 6 mois renouvelable indéfiniment.


Autre chose qui dépasse l'entendement : on prend connaissance des cas de ces prisonniers condamnés à perpétuité, c'est à dire à 99 ans, selon la loi israélienne. Une fois le détenu mort, les familles doivent attendre la fin de sa peine pour pouvoir récupérer le corps … Incroyable de cruauté … C'est vrai, on aurait aimé entendre le point de vue des officiels israéliens mais toutes les "demandes d'interview m'ont été refusées", précise Franck Salomé. 


Ce manque n'affecte en rien l'efficacité de ce film qui, encore une fois, permet de réaliser à quel point la prison façonne l'ensemble de la vie des Palestiniens. Une question régulièrement écartée des tentatives de "discussions de paix". Une raison de plus pour que ce film salutaire soit connu du plus grand nombre …


Le film sera projeté ce jeudi 24 septembre à 21h au cinéma Les 3 Luxembourg, au 67 rue Monsieur le Prince à Paris, en présence du réalisateur, Franck Salomé et de Shawan Jabarin, directeur de l'association palestinienne de défense des droits de l'Homme Al-Haq.


 


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.