Palestine : « This is my land », un film d’une efficacité redoutable

 Palestine : « This is my land », un film d’une efficacité redoutable

Photo du film documentaire « This is my land » de Tamara Erde. Crédit photo : Tamara Erde


 


C'est le genre de film qu'on aimerait voir diffuser en prime time sur une grande chaîne nationale. Il est en ce moment dans plusieurs salles parisiennes (L'Espace Saint-Michel, La Clef, Les Sept Parnassiens …).


 


"This is my land" de Tamara Erde, une Franco-israélienne résidant à Paris, est un magnifique documentaire d'une efficacité redoutable qui sonde la manière dont l’histoire est enseignée aux écoliers Palestiniens et Israéliens.


La réalisatrice est revenue en Israël, où elle a grandi, pour y filmer son premier long-métrage documentaire. Tourné dans des écoles israéliennes et palestiniennes, ainsi qu’un établissement mixte en Cisjordanie occupée et une classe religieuse dans une colonie, "This is my land", permet de mieux comprendre les raisons de l'ultra-droitisation de la société israélienne.


"Lorsque j’ai montré mon documentaire, on m’a demandé si je parlais de l’Etat d’Israël d’il y a 40 ans. Pourtant c’est bien de la situation d’aujourd’hui dont je parle !", explique, un poil dépitée, Tamara Erde. Ce n'est pas une surprise : le système éducatif israélien privilégie l'Histoire des Juifs et élude totalement celle des Arabes.


Du côté israélien, c’est l'histoire biblique de la présence des juifs sur cette terre, puis les années pionnières de la création d'Israël qui  sont omniprésentes. Par exemple : Tamara Erde accompagne un groupe de lycéens en Pologne pour visiter le camp d’extermination de Belzec, et illustre ainsi comment l’enseignement de la Shoah est constitutif de l’identité israélienne. Et comment elle permet inexorablement de fermer les yeux sur les exactions commises par l'armée israélienne, au nom de la sécurité et de la défense de la patrie. 



« Ma grand-mère a survécu à la Shoah, dit en substance un lycéen israélien. L’héritage que j’ai reçu d’elle – qui était tolérante et ouverte au dialogue –, c’est de défendre cet endroit où elle se sentait en sécurité. »



Une intellectuelle palestinienne, qui a beaucoup étudié les manuels scolaires israéliens, ne cache pas sa colère : « tout est fait dans ce pays pour reproduire le traumatisme. Personne ne fait le pas ultime qui consisterait à se dire : « que peut-on faire pour que ça ne se reproduise plus, nulle part et pour personne ? », interroge-t-elle.


« L'éducation est faite pour traumatiser et apprendre à tuer », explique une professeur palestinienne à ces élèves, dans cette école mixte où enfants juifs et arabes étudient ensemble malgré leurs différences.


« Qui dit que c'est Dieu qui leur a donné la terre ? », questionne-t-elle. «Les Juifs», répond la professeure. « Nous, on dit qu'elle appartient à nos ancêtres », tacle l'enseignante. 


Du côté palestinien, le film montre en quoi le choc de la Nakba, l'exil forcé des Palestiniens en 1948, chassés de leur terre par les milices sionistes, est toujours présent chez les écoliers palestiniens. Il montre des élèves "fatigués de l'occupation", avec le sentiment d'être dans grande prison.


Le film est assez pessimiste. A l'image de la réalité …


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.