Panne d’ascenseur : depuis 45 jours, une femme en fauteuil roulant est bloquée chez elle

 Panne d’ascenseur : depuis 45 jours, une femme en fauteuil roulant est bloquée chez elle

Christine


Depuis le 6 juin 2016, Martine Fontaine, 66 ans, habitante au deuxième étage d’un logement HLM de Bobigny (93), en fauteuil roulant, n’est pas sortie de chez elle. « J’ai appelé la compagnie d’ascenseur plusieurs fois. J’ai même contacté l’office d’HLM de Bobigny. J’ai fait toutes les démarches possible pour qu’on vienne le réparer mais on me répond toujours la même chose : la pièce défectueuse n’est toujours pas disponible », explique-elle dépitée.


Ce n’est pas la première fois que « l’ascenseur de Martine », un appareil pourtant très récent, les habitations ont été construites en 2013, tombe en panne cette année. « En mars, il est resté à l’arrêt un mois », continue encore la sexagénaire. Le lendemain de la panne, le 7 juin, un technicien est bien venu jeter un œil à l’appareil. « L’ascenseur a remarché une heure puis s’est bloqué de nouveau », souffle Martine exaspérée par ses pannes à répétition.


Jointe au téléphone, la compagnie d'ascenseur Otis, qui gère la maintenance de l'appareil, « de marque espagnole Thyssen », précise un des responsable, jure suivre ce « dossier de très près » et « tente par tous les moyens d'accélérer les choses ». « Nous n'avons aucun intérêt à ce que cette situation perdure. Apparemment, l’appareil est tombé en panne le 26 juin et non le 4 juin. Début juillet, comme ce n’est pas un appareil de chez nous, nous avons dû commander la pièce défectueuse à Thyssen », continue-t-on chez Otis. « Ils nous ont répondu qu’elle ne pourra pas être livrée avant huit semaines », regrette le responsable.

En gros, Martine doit prendre son mal en patience jusqu'à la fin août !


Le bailleur, l’Office HLM de Bobigny, assure également avoir envoyé plusieurs courriers à Thyssen pour « lui demander de tout faire pour que l’appareil soit remis en marche dans les plus brefs délais ».


Des arguments qui laissent de marbre Vanessa, la fille de Martine. « De toute façon, les compagnies d’ascenseur n’ont aucun respect pour ceux qui vivent dans les HLM », dénonce-t-elle, furieuse d’avoir « épuisé son forfait téléphonique » en appelant le numéro surtaxé de la compagnie.


Foued Ben Ahmed est un militant associatif de longue date. Il connaît bien Vanessa, la fille de Martine. Chaque année, il organise une « paëlla républicaine ». Un moment convivial, « pour rapprocher les gens », détaille-t-il. Il voulait inviter son amie Martine. « Elle m’a rappelé pour me dire qu’elle ne pourrait pas venir à cause de son problème d’ascenseur. C’est comme ça que j’ai su », explique Foued.


Révolté, il a, lui aussi, appelé plusieurs fois la compagnie OTIS en vain, avant de rendre l’affaire publique sur les réseaux sociaux. Puis, il lui est venu une autre idée. Lundi 25 juillet, à 13 h, en guise de protestation, il donne rendez-vous « à toutes celles et ceux qui sont indignés par la situation de Martine» devant l'agence de Clichy-La-Garenne, au 6 Boulevard du Général Leclerc, « en espérant, sans trop y croire », que l’ascenseur sera réparé d’ici là.


 


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.