Une invention française : le délit de boycott

 Une invention française : le délit de boycott

A la tribune


 


Une chose est sûre : Saadia Ben Fakha et Hussein Abuzaid, les porte-parole du mouvement BDS de l’Héraut (34) feront preuve à l’avenir de plus de vigilance. Ce jeudi 12 novembre, à 13H30 ils comparaîtront devant le tribunal de grande instance de Montpellier pour répondre de graves accusations portées contre eux, à savoir, « contestation de crimes contre l’humanité, provocation publique à la commission de crimes et délits, à la discrimination ou à la haine raciale ».  


 


Le 3 août 2014, en pleine agression israélienne sur Gaza, Saadia et Hussein, comme d’autres internautes, partagent la publication sur Facebook d’un photomontage, auquel est associé un texte négationniste et complotiste. « Je n’ai pas pris le temps de lire ce qu’il y avait écrit mais dès qu’on m’a alerté sur le contenu, j’ai tout enlevé de ma page », rappelle Saadia, jurant sa bonne foi. « Avec Hussein, nous nous sommes d’ailleurs exprimés plusieurs fois pour dénoncer ce texte odieux antisémite, à mille lieux de notre combat », continue Saadia.


Trop tard : la Ligue des droits de l’Homme (LDH) de l’Hérault porte plainte contre eux, à laquelle s’associe ensuite le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples). Les deux associations se sont portées partie civile dans cette affaire.


Pour beaucoup d'organisations de droits de l'homme, cette plainte est en fait un moyen de s’en prendre au mouvement BDS. « Ils savent pertinemment qu’ils ne sont pas antisémites », scande l’Union juive française pour la Paix (UJFP) qui sera présente au tribunal pour témoigner de leur soutien aux deux militants.  « Il s’agit ici d’une faute morale et politique. Il faut d’ailleurs souligner queces deux associations n’ont pas jugé utile d’attaquer le site antisémite source », raille l’UJFP. 


Même au sein du MRAP, ils sont de plus en plus nombreux à s’insurger. Dans un communiqué rendu public ce lundi 9 novembre, signé par plus de 250 militants, dont 3 fédérations et 6 comités locaux, les contestataires rappellent « qu’alors que les deux militants incriminés ont retiré leur publication qui n’est plus visible sur leur mur Facebook, et qu’ils ont publiquement dénoncé ce montage, aucune autre plainte n’a été déposée contre les 57 autres personnes qui ont partagé le montage ». « Cet "oubli" prouve bien que l’objet de la plainte n’est absolument pas de supprimer un montage qualifié d’antisémite mais uniquement de porter atteinte au mouvement BDS 34 », dénonce encore le communiqué.


Ils rappellent également que « cette action précipitée et irréfléchie de notre Direction brouille le message et l’image du MRAP, salit le mouvement ainsi que notre crédibilité aussi bien vis-à-vis de nos partenaires extérieurs que vis-à-vis de nos propres militants ».


Ils demandent donc l’arrêt immédiat des poursuites contre les deux militants, car ils entendent « maintenir l’action antiraciste du MRAP dans le cadre de ses valeurs et non celles des officines sionistes qui servent de relais à la politique de colonisation d’Israël ».


 


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.