Une soirée pour honorer la mémoire d’Hafed Benotman

 Une soirée pour honorer la mémoire d’Hafed Benotman

Hafed Benotman


 


Hafed Benotman nous a quittés le 20 février 2015. Peu connu du grand public, cet homme aux talents multiples : écrivain, dramaturge, poète, acteur, militant anti-carcéral, a pourtant inspiré bon nombre de jeunes. 


 


Né en France de parents algériens en 1960, deux ans avant l’indépendance de l’Algérie, Hafed Benotman a décidé de rester toute sa vie sans papiers. Un rebelle comme il n'en existe quasiment plus. Une soirée organisée par Les Pépites du Cinéma (un festival annuel qui permet de donner une visibilité à des jeunes de talents issus de la culture urbaine) pour honorer sa mémoire aura lieu ce soir (lundi 19 octobre) au cinéma La Clef à Paris. Malika Chagal est Vice-présidente de ce festival. C'est elle qui a tenu à organiser cette soirée. 


 


LCDL : Pourquoi il était important de rendre hommage à Hafed Benotman ? 


Malika Chagal : Déjà, ce n'est pas un "hommage". Hafed n'aurait pas été à l'aise avec une "soirée-hommage". Ce moment ne sera pas "mortuaire", mais très festif et non larmoyant. Elle sera à son image : Hafed riait toujours, même dans les instants les plus graves. Il avait le goût de la dérision et détestait les convenances. Alors pourquoi cette soirée ? Peu de temps après sa mort, je me suis rendu compte qu'il avait beaucoup œuvré dans l'ombre en aidant énormément de jeunes cinéastes, ceux-là même que nous mettons en avant aux Pépites du Cinéma.


Ce sont eux qui sont venus me voir en me disant à quel point Hafed avait été présent pour eux : aide à l'écriture de leurs scénarios, conseils pour réaliser leurs films, etc… Il les tirait vers le haut: il voulait que tout le monde fasse des films parce qu'il connaissait l'importance du cinéma pour changer les mentalités. Je savais qu'il avait le cœur sur la main mais je ne savais pas à quel point. Hafed nous a quittés, mais grâce à lui, d'autres ont pris la relève. Et la relève est bien là …


 


Quelle est l'histoire d’Hafed avec les Pépites ? 


Il a été présent à chaque édition. Soit en tant que simple spectateur, soit pour venir présenter un film. Il était à la fois acteur, scénariste et prévoyait même de réaliser son premier film. Le scénario était même déjà écrit. Qui sait, peut-être qu'un jour "Le bottin des hommes" sera sur les écrans …Une autre année, on lui avait donné carte blanche. Il avait choisi un film et nous avait expliqué les raisons d'un tel choix. Les Pépites et Hafed c'est donc une longue histoire d'amour. 


 


Peu connu du grand public alors qu'il était d'un talent immense …


Hafed était hors-système, pour ne pas dire "anti-système".Il a été braqueur avant de devenir écrivain en prison. Il a décidé de rester apatride toute sa vie parce qu'il ne voulait pas demander ses papiers français. Toujours en marge de cette société avec laquelle il était très critique. Avec les Pépites, forcément, ça ne pouvait que coller … 


 


Propos recueillis par Nadir Dendoune


À 20h au cinéma La Clef 34 rue Daubenton 75005 Paris 

Plus d'informations : 

http://www.lespepitesducinema.com/actualite/19-oct-20h-soiree-en-hommage-abdel-hafed-benotman/

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.