Bébé palestinien brûlé vif : la police israélienne arrête un juif extrémiste

 Bébé palestinien brûlé vif : la police israélienne arrête un  juif extrémiste

Cisjordanie-Douma. Photographie du bébé palestinien de 18 mois décédé le 31 juillet 2015 dans sa maison incendiée par des colons israéliens. JAAFAR ASHTIYEH / AFP


 


Les services de sécurité israéliens ont annoncé avoir arrêté ce lundi 3 août un chef de file juif extrémiste, Meïr Ettinger, premier individu arrêté après l'incendie criminel qui a coûté vendredi 31 juillet la vie à un bébé palestinien en Cisjordanie occupée. "Meïr Ettinger a été arrêté à Safed (dans le nord d'Israël), en raison de ses activités au sein d'une organisation juive extrémiste", a indiqué à l'AFP un porte-parole du Shin Beth, le service de sécurité intérieure.


Agé d'une vingtaine d'années, Meïr Ettinger a été arrêté "pour des crimes nationalistes", a affirmé une porte-parole de la police à l'Agence France Presse (AFP), sans préciser s'il était soupçonné d'être directement impliqué dans l'incendie de vendredi ou s'il était inquiété pour sa participation à d'autres violences racistes.


 


Il doit être présenté devant un tribunal ce mardi pour la prolongation de sa garde à vue, a indiqué la police. Selon les médias israéliens, il serait notamment soupçonné d'être le cerveau d'un groupuscule responsable de l'incendie le 18 juin de l'église de la Multiplication de pains sur les bords du lac de Tibériade, un des hauts lieux du christianisme.


 


Meïr Etttinger est le petit-fils de Meïr Kahane, un rabbin fondateur du mouvement raciste anti-arabe Kach, assassiné en 1990 à New-York. Il avait été interdit de séjour au début de l'année pour une période d'un an en Cisjordanie et à Jérusalem "en raison de ses activités", a précisé un porte-parole du Shin Beth. D'après ces mêmes médias, il pourrait être placé en détention administrative pendant plusieurs mois dans le cadre du durcissement de la politique annoncé par le gouvernement contre les "terroristes juifs".


 


Ces détentions administratives habituellement utilisées contre des Palestiniens peuvent désormais être appliquées à des juifs si les preuves accumulées contre les suspects ne sont pas suffisantes pour une procédure judiciaire normale, ou s'ils refusent de parler durant les interrogatoires. Meïr Ettinger a démenti ces derniers jours sur son blog l'existence d'un "réseau clandestin juif". Il a toutefois justifié des attaques contre églises et mosquées, qualifiées de "lieux de cultes païens". 


 


La police israélienne a également ouvert une enquête sur des menaces publiées sur les réseaux sociaux contre le président Reuven Rivlin qui a condamné le "terrorisme juif", a annoncé son porte-parole. Le jour même de l'attaque antipalestinienne vendredi, M. Rivlin avait publié sur sa page Facebook un texte, en arabe et en hébreu, intitulé "plus que de la honte, je ressens de la douleur". "La douleur du meurtre d'un petit bébé, la douleur de voir mon peuple choisir le chemin du terrorisme et perdre son humanité", écrivait-il, alors que les parents et le frère du petit Ali Dawabcheh, grièvement blessés dans l'attaque, sont toujours entre la vie et la mort.


 


Le procureur a annoncé l'ouverture d'une enquête judiciaire à la suite de la diffusion de deux vidéos sur Youtube où le président Rivlin et le Premier ministre Benjamin Netanyahu sont présentés portant des uniformes nazis et s'exprimant en allemand avec la voix d'Hitler.


 


Ali Dawabcheh, 18 mois, a été brûlé vif lorsque des hommes masqués ont mis le feu à sa maison après avoir inscrit les slogans habituels des colons et de l'extrême droite israélienne. Sa mort a déclenché d'autant plus d'émotion qu'elle intervenait au lendemain d'une autre attaque menée par un extrémiste juif, contre la Gay pride de Jérusalem.


 


Yishaï Shlissel, un ultra-orthodoxe, s'est rué sur le défilé de la Gay Pride jeudi soir (30 août), blessant six personnes à coups de couteau, dont Shira Banki, 16 ans. Décédée dimanche, elle a été enterrée lundi dans le kibboutz (village collectiviste) Nahshon à l'ouest de Jérusalem.




Voilà des mois, sinon des années, que les autorités israéliennes font preuve d'indulgence à l’égard de colons qui se livrent en toute impunité à des agressions et à des actes de vandalisme contre des Palestiniens. Armés, ces colons disent agir au titre de la « vengeance » ou du « prix à payer". Les récents drames sont d'une manière ou d’une autre, lié à la colonisation continue de la Cisjordanie occupée.


 


Méfiants, les Palestiniens ont annoncé que leur ministre des Affaires étrangères, Riyad al-Malki, avait déposé lundi devant la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye un dossier sur la mort du bébé palestinien. M. Malki "a présenté à la procureure de la Cour Fatou Bensouda un mémorandum sur l'attaque terroriste contre la famille Dawabcheh et sur le terrorisme des colons", a indiqué dans un communiqué le ministère à Ramallah.


Avec AFP


Nadir Dendoune


 
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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.