“Je porte un regard critique, ironique et onirique sur le Maroc”

 “Je porte un regard critique, ironique et onirique sur le Maroc”

Série “Acrobatics”


Il est l’un des rares photographes marocains à bénéficier d’une reconnaissance internationale dans la sphère de l’art contemporain. Signe particulier : un désir de surprendre. Ses séries “The Hole” et “Acrobaties” sont à (re)découvrir 


Qu’est-ce qui vous intéresse dans les mises en scène de vos photos ?


Le côté énigmatique et surprenant. J’ai envie que l’on n’oublie pas mes images. Mes choix n’ont jamais été du côté du reportage. Même si j’ai travaillé pendant longtemps avec la Galerie VU’ à Paris qui présente essentiellement des photographes reporters, j’ai toujours lutté pour imposer une vision personnelle, voire onirique du monde. Je travaille avec les éléments du réel mais en les agençant d’une manière inattendue, poétique et parfois déroutante. Je donne à voir deux mondes qui existent mais ne cohabitent pas. Par exemple ma série “Anes situ” : des ânes au beau milieu de salons marocains. Ou “La salle de classe” : alors professeur d’arts plastiques, je faisais poser mes élèves dans des situations inhabituelles pour ce contexte.


 


Comment les concevez-vous ?


Je ne suis pas un adepte des instantanés. Mes mises en scène sont le fruit de plusieurs mois voire d’années de gestation. Je dessine des croquis, je les retravaille. C’est là que la séance commence. Pendant les prises de vue, il n’y a pas de place pour l’improvisation, mais tout est permis pendant les dessins préparatoires. Pour “The Hole”, j’ai demandé à des familles marrakchies l’autorisation de les photographier chez elles en les mettant dans des trous que je creuse et que je rebouche après. J’arrive accompagné de maçons, de peintres et de carreleurs. Pour “Acrobatie”, ce sont des acrobates de la place Jemaa El-Fna à Marrakech. J’ai voulu les photographier, non pas dans un espace public, mais chez eux, avec leur famille, dans leur intimité.


 


Qu’est-ce qui vous inspire ?


Le Maroc est ma principale source d’inspiration. Je porte un regard critique, ironique et onirique sur ma société et ses nombreuses contradictions. Ma série “Azemmour” montrait des enfants non scolarisés, qui passaient la journée dehors à jouer, et même à dealer pour certains. Une enfance insouciante, évoluant dans des familles désespérées et démissionnaires, à l’image d’une bonne partie de la société marocaine. 


 


La suite de la série Photographie :


Hakim Benchekroun, explorateur de lieux oubliés


La photographie arabe au delà des clichés


Farida Hamak, la mémoire au cœur


MAGAZINE SEPTEMBRE 2017

Astrid Krivian