Le Rassemblement national veut bannir les « idéologies islamistes » et interdire le voile

 Le Rassemblement national veut bannir les « idéologies islamistes » et interdire le voile

La contre proposition du RN prévoit notamment d’interdire le port du voile et toute manifestation visible de l’islamisme. Photo Jean-Philippe Ksiazeck / AFP.

Le Rassemblement national veut bannir les « idéologies islamistes » et interdire dans tout l’espace public le port du voile. Ces propositions figurent dans le contre-projet sur le séparatisme du parti d’extrême droite présenté vendredi.

 

Le projet de loi du gouvernement renommé « confortant les principes républicains » sera débattu à l’Assemblée à partir de lundi. Mais, il « touche toutes les religions », déplorent les députés RN. Ils ont donc rédigé une proposition de loi visant spécifiquement « à combattre les idéologies islamistes ».

« Depuis plusieurs décennies les pouvoirs successifs ont laissé s’installer en France la menace et la terreur islamistes » qui « cherchent à ériger en France un contre-modèle de société reposant sur des idéologies totalitaires », estiment les élus d’extrême droite. Cette « offensive a pris une telle ampleur qu’elle met désormais en jeu l’équilibre de notre société et même jusqu’à la concorde civile », selon eux.

Le texte présenté vendredi par Marine Le Pen balaie « l’ensemble des champs d’activité économique, sociale, culturelle » dans lesquels le RN considère que « les idéologies islamistes sont d’ores et déjà présentes ou pourraient s’infiltrer ».

Interdire le voile dans tout l’espace public

Dans son article 1er, il propose de mettre en place une censure ciblée. Le projet entend ainsi « interdire » la « pratique, la manifestation ainsi que la diffusion publique » – au cinéma, dans la presse, les bibliothèques ou à l’école – des « idéologies islamistes ». Le RN ne définit pas précisément ces « idéologies », mais les caractérise par leur « incompatibilité » avec les « droits, libertés et principes » de la Constitution. Ainsi, seul l’islamisme serait caractérisé par le « refus de respecter la laïcité de l’État ».

Le texte veut également interdire les « tenues islamistes ». Il vise notamment le port du voile dans tout l’espace public. Ce sujet avait déjà animé les débats sur le projet du gouvernement en commission spéciale. Des députés LREM souhaitaient interdire son port pour les petites filles. Dans la sphère privée de l’entreprise, le projet du RN veut autoriser le licenciement des salariés ayant « diffusé (ces) idéologies ».

Plusieurs articles visent à « éloigner du territoire français les étrangers islamistes », et autorisent la dissolution « des organisations défendant les idéologies islamistes » et la fermeture de lieux de culte.

Le parti d’extrême droite veut aussi faire de tout délit ou crime liés à ces idéologies « une circonstance aggravante ». Il souhaite créer une « peine complémentaire d’indignité nationale », et autorise pour le même motif le retrait de la nationalité française.

Projet de loi controversé

La contre-proposition du RN s’inscrit dans la continuité des précédentes propositions et déclarations de l’extrême droite et d’une partie de la droite insatisfaites des propositions du gouvernement en matière de lutte contre le séparatisme. Le projet de loi qui arrive lundi devant les parlementaires fait pourtant l’objet de polémiques pour son caractère déséquilibré.

D’une loi contre les séparatismes, le texte est devenu au fil des modifications ciblant l’islamisme et touchant à plusieurs droits fondamentaux. La Défenseure des droits a ainsi estimé le 13 janvier que le projet de loi visait « une catégorie très spécifique de la population ». Il « prévoit des interdictions et sanctions d’application tellement vastes qu’elles sont hors de proportion avec la difficulté qu’il souhaiterait traiter », a-t-elle ajouté.

Le texte comporte ainsi des « risques d’atteinte aux libertés ». Elle évoque notamment la liberté d’association et celle d’enseigner des parents. En l’état, la loi pourrait « affaiblir les principes républicains eux-mêmes », selon elle.

 

Mohamed C.