Une expo riche et complexe sur l’émir Abdelkader au Mucem de Marseille

 Une expo riche et complexe sur l’émir Abdelkader au Mucem de Marseille

Exposition « Abd el-Kader » au Mucem de Marseille (Bouches-du-Rhône) jusqu’au 22 août 2022. NICOLAS TUCAT / AFP

Depuis le 6 avril, le musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) de Marseille consacre une exposition à l’émir Abdelkader, considéré par beaucoup comme le père fondateur du premier État algérien. Une exposition pour montrer toute la richesse et la complexité de ce personnage, encore très méconnu.

Mucem de Marseille (Bouches-du-Rhône). Photo : Nadir Dendoune

Dimanche 8 avril, c’est jour de vote un peu partout en France. Le premier tour des élections présidentielles bat son plein. A Marseille, le soleil est au rendez-vous. Louisa, 45 ans, fonctionnaire dans une mairie des Bouches-du-Rhône, accompagnée de ses trois enfants, Ryan 13 ans, Sabrina 10 ans et Inès 8 ans, a tenu, malgré le beau temps, à venir découvrir l’exposition.

« Je suis née en France. D’origine algérienne, je n’ai jamais entendu parler de l’émir Abdelkader à l’école. C’est en allant en Algérie en vacances que j’ai commencé à m’intéresser à ce personnage », explique-t-elle alors que ses enfants aimeraient aller jouer dehors. « Je veux qu’ils connaissent leur histoire. Qu’ils en soient fiers. C’est trop important. Ils sont Français mais ils viennent de quelque part », insiste-t-elle. Ryan, Sabrina et Inès finissent par se calmer et se mettent à écouter religieusement leur mère qui leur explique qui était l’émir Abdelkader.

 

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Crédit photo : Nadir Dendoune

Il naît en Algérie en 1808, près de Mascara dans la province d’Oran, alors sous domination ottomane. Après la conquête d’Alger par les Français en 1830, il rejoint la rébellion et remporte avec elle plusieurs victoires face à une armée française pourtant plus importante et mieux équipée, ce qui poussent les Français à négocier avec lui plusieurs trêves. Des trêves qui seront à chaque fois rompues…

Mourad, tout jeune retraité, est arrivé en France à l’âge de 18 ans. Il avait bien entendu parler de l’émir Abdelkader. « En Algérie, il est sur tous les murs », raconte sourire en coin ce dernier. « Je croyais le connaître. Mais en vérité, il est peu enseigné là-bas à l’école. On se concentre surtout sur la part algérienne de sa vie, son combat contre la France. Je connaissais donc le combattant, le stratège militaire, le résistant, mais pas son rapport à la spiritualité, comme le montre de manière intelligente cette exposition ». 

Emprisonné durant quatre années au château d’Amboise, de 1848 et 1852, l’émir Abdelkader tisse des liens avec la population locale, dont le curé de la paroisse, avec lequel il se lie d’amitié. Il a toujours tenu à dialoguer avec les représentants des autres religions. En 1860, réfugié à Damas, il sauve des chrétiens lors d’émeutes qui les visent, ce qui lui vaut une reconnaissance internationale et des décorations, dont la Légion d’honneur en France.

Marseille. Une exposition riche et complexe sur l'émir Abdelkader au Mucem
Crédit photo : Nadir Dendoune

Au total, l’exposition du Mucem présente près de 250 œuvres et documents. Issus de collections publiques et privées françaises et méditerranéennes, beaucoup n’ont jamais été montrés au grand public auparavant.

On peut notamment voir le « traité de Tafna » de 1837 signé par le général Bugeaud, commandant des troupes françaises et Abdelkader. Un traité qui accorde à l’émir de gouverner sur une grande partie de l’Algérie. Pendant deux ans, l’émir y fonde les prémices d’un État, avec une monnaie et une administration, avant que la guerre ne reprenne.

De nombreuses images de l’émir sont également exposées, dont la première photo prise par le photographe Gustave Le Gray, à Amboise en 1851.

L’exposition « Abd el-Kader » au Mucem de Marseille (Bouches-du-Rhône) jusqu’au 22 août 2022.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.