Mouss et Hakim de Zebda : « Rachid Taha était le premier d’entre nous. C’est lui qui a ouvert la porte »

 Mouss et Hakim de Zebda : « Rachid Taha était le premier d’entre nous. C’est lui qui a ouvert la porte »

Le rockeur Rachid Taha


Sa disparition laisse un grand vide. Le rockeur Rachid Taha, 59 ans, est mort dans la nuit de mardi soir à mercredi d’une crise cardiaque dans son sommeil, à son domicile parisien. Leader du mythique groupe Carte de Séjour dans les années 1980, Rachid Taha était un symbole pour de nombreux habitants des quartiers populaires. Pour Mouss et Hakim du groupe toulousain Zebda, il était le "premier d'entre nous".


Vous avez bien connu Rachid Taha…


Oui, la première fois qu'on l'a croisé, nous ne faisions pas encore de musique. On avait à peine 15 ans et il était venu chanter à Toulouse. On croyait rêver  : un arabe d'un quartier populaire qui chantait du rock ! Ça ne s'était jamais vu auparavant. On avait déjà assisté à des concerts de chanteurs algériens mais jamais de gars qui venaient d'ici, des gars comme nous.


On a partagé plusieurs scènes avec lui lors de festivals et on le croisait aussi ailleurs. Ça a été à chaque fois un pur bonheur. C'était certes un écorché vif comme le sont souvent les grands artistes, mais il avait une énorme connaissance musicale, qui allait de la musique algérienne comme le Chaabi, à la soul américaine, en passant par le rock anglais. Il était bluffant ! Ce sont toutes ses connaissances qui lui ont permis de faire cette musique unique. 


Avez-vous été inspirés par Rachid Taha ?


Evidemment ! C'est lui qui nous a donné confiance pour chanter. Nous n'aurions jamais fait de musique s'il n'y avait pas eu Rachid Taha. Il a ouvert la porte. A jamais, il sera le premier d'entre nous. 


Il en a inspiré d'autres aussi…


Oui ! De nombreuses stars du rock dans le monde entier se sont inspirés de Taha. Prenez par exemple le célèbre groupe britannique The Clash. Son titre Rock the Casbah a été écrit en s'inspirant de l'album Carte de Séjour. 


Il était également très politisé…


Oui, même si dans ses chansons, on le sentait moins. Mais en vrai, il était très conscientisé, très politisé. A chaque fois qu'il a du prendre la parole, il l'a toujours fait avec précision. Il disait toujours ce qu'il avait à dire. Il n'a jamais oublié qu'il venait d'un quartier populaire et qu'il était un enfant de l'immigration algérienne.


Sa disparition est-elle une perte pour les quartiers populaires ?


Cela dépasse les quartiers populaires. C'est une perte pour le pays tout entier. La France a perdu un grand homme. Rachid Taha a permis à ce pays de mieux comprendre qui il était. Mais c'est surtout une perte pour les amoureux de la musique. Rachid Taha était une star internationale. On l'écoutait aussi bien à Sydney en Australie, qu'à Alger. 


Propos recueillis par Nadir Dendoune

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.