« Cette chanson est essentielle dans notre parcours d’artiste », Mouss et Hakim

 « Cette chanson est essentielle dans notre parcours d’artiste », Mouss et Hakim

Mouss et Hakim (D)


C'est en octobre 2012 que sort "Une vie de moins". Magnifique tube de Zebda qui rend hommage aux habitants de la bande de Gaza, soumis au blocus israélien depuis 2007. Cette chanson est le fruit de la rencontre entre le groupe toulousain et l'universitaire Jean-Pierre Filiu, qui a écrit les paroles. Ce spécialiste du monde arabe, prof à Sciences Po, est également l'auteur d'une Histoire de Gaza (Fayard, 2012).



A l'heure où pour la première fois les Nations unies ont voté une résolution condamnant la colonisation israélienne, Le Courrier de l'Atlas a décidé de revenir sur l'origine de cette chanson très peu connue du grand public. Pour Mouss et Hakim,  deux des chanteurs de Zebda, elle est pourtant l'un des morceaux majeurs de leur répertoire.





Comment est née cette chanson ?


Elle est née de notre rencontre avec Jean-Pierre Filiu, lors d’une tournée en Syrie, Jordanie et Liban en 1998. Il était alors diplomate à l’ambassade de France à Damas. Une amitié est née ce jour-là. Hakim est retourné en Syrie chez lui en vacances quelques années plus tard, en 2000. Et à force d'échanger, nous avons eu l'idée de collaborer ensemble. Le thème de la Palestine et de Gaza en particulier nous est apparu comme une évidence. Nous avons composé "Une vie de moins" en 2005 pour un projet d’album "Mouss et Hakim" et non pour Zebda à l'origine puisque le groupe avait décidé de se séparer. 

Lors du retour de Zebda en 2011, la chanson était déjà enregistrée. Il nous manquait plus qu'à faire un clip à sa hauteur. Nous avons donc fait appel au très talentueux artiste Ali Guessoum qui a réalisé ce formidable bijou, présenté sous la forme d’un dessin animé. 


Contrairement aux autres chansons de Zebda, "Une vie de moins " n'a donc pas été écrite par Magyd Cherfi ? (NDLR : le troisième chanteur de Zebda)


Effectivement. C’est à ce jour la seule chanson « estampillée » Zebda, qui n’a pas été écrite par son parolier habituel.


Quelle place occupe cette chanson, assez peu connue du grand public, dans votre répertoire ?


Une place privilégiée. Cette chanson est essentielle dans notre parcours d’artiste. D'abord parce qu'elle traite d'un thème qui nous est cher. Et surtout par son texte. C'est une chanson avec des paroles simples mais fortes qui raconte le quotidien de ces enfants de Gaza, de leurs vies qui comptent beaucoup moins que celles de tant d'autres. 


Quid de la question palestinienne dans votre parcours de militant ?


La question palestinienne fait partie de notre identité politique et citoyenne, depuis que nous sommes minots. Elle est primordiale. Elle symbolise la résistance. Celle d’un peuple pour son autonomie et sa liberté, un peuple qui vit depuis des décennies sous oppression. Parce que nous sommes idéalistes jusqu'au bout des ongles, cette lutte, comme l'a été le combat contre l'apartheid en Afrique du Sud est essentielle pour nous qui rêvons d'un monde plus juste. Malheureusement, la situation sur place s'empire d'année en année, la colonisation a pris une ampleur apocalyptique. Cette situation est inacceptable. Elle déséquilibre le monde entier. Nous ne pouvons l'accepter. Voilà pourquoi, nous continuerons, quoi qu'il arrive, à militer pour une Palestine libre.


 Propos recueillis par Nadir Dendoune


 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.