Palme d’Or à Cannes : Quand l’Algérie décrochait la lune

 Palme d’Or à Cannes : Quand l’Algérie décrochait la lune

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Cinquante ans après avoir secoué le monde à Cannes, Chronique des années de braise revient dans les salles françaises en version restaurée 4K.

Un vrai tour de France est en cours : Argenteuil, le 20 août, au Figuier Blanc avec la présence du journaliste Michel Amarger ; ou encore à Marseille toute cette semaine et celle d’après au Cinéma les Variétés, à Ivry-sur-Seine, le 31 août au Luxy, en compagnie de Tewfik Fares, co-scénariste du film ; Paris, le 22 septembre, à l’Institut du Monde arabe pour une projection spéciale… et d’autres rendez-vous en province.

Preuve que cette œuvre monumentale, Palme d’or en 1975, continue de fasciner et d’interroger. Depuis aucun autre film africain n’a réussi cet exploit. Ça vous pose un monument.

Mohammed Lakhdar-Hamina, le réalisateur, n’était pas un héritier du cinéma mondial. Pas un fils de la Cinémathèque française ou de la Fémis ni un compagnon de Godard. C’était un paysan devenu résistant, puis journaliste d’actualités, qui a appris à filmer comme on apprend à survivre : sur le tas, avec rage et instinct. Pas un hasard si son film ressemble à une gifle.

Le récit ? L’ascension tragique d’Ahmed, un pauvre berger qui traverse famine, exode, guerre et colonisation. Sa vie est une parabole. Mais Chronique des années de braise, ce n’est pas juste l’histoire d’un homme. C’est la mise en images d’un peuple qui se tord de faim et de colère, et qui finit par craquer. Six chapitres, quinze ans d’histoire, un pays entier en gestation.

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Fresque algérienne

Tourné en scope 70 mm, le film balance entre fresque hollywoodienne et tragédie grecque. La caméra embrasse des villages assoiffés, des champs brûlés, des visages creusés par la misère. Mais derrière la beauté plastique, il y a une idée simple : montrer que la colonisation, c’est d’abord une machine à broyer des vies. Ahmed devient malgré lui le symbole de cette fracture, balloté d’une sécheresse à une guerre mondiale, d’une caserne française à une insurrection naissante.

Lakhdar-Hamina s’autorise même un rôle : Miloud, le fou visionnaire. Comme si lui-même, réalisateur-prophète, avait besoin de commenter son propre film de l’intérieur. C’est parfois théâtral, parfois maladroit, mais ça donne une dimension mystique au récit. Comme si l’histoire de l’Algérie ne pouvait être racontée qu’avec un souffle biblique.

Évidemment, à l’époque, le film a divisé. À Alger, certains lui ont reproché son budget pharaonique, financé par l’État, et sa tendance à se prendre pour Autant en emporte le vent. Mais personne n’a pu nier l’impact. À Cannes, les critiques français, d’ordinaire si condescendants, se sont inclinés. Devant eux, un cinéma du Sud avait osé être grandiose, ample, politique, et pas juste « poétique et modeste » comme on attendait de lui.

Cinquante ans plus tard, le film revient en version restaurée. Entre-temps, Lakhdar-Hamina est mort en mai dernier. L’Algérie, elle, continue de dialoguer douloureusement avec son passé colonial. Mais Chronique des années de braise reste là, témoin incandescent d’un moment où un pays en guerre avec sa mémoire a eu le culot d’écrire sa légende sur grand écran.

En 1975, à Cannes, l’Algérie a montré que le cinéma pouvait être une arme. Et, une fois n’est pas coutume, cette arme a conquis le monde.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.