En Belgique, la télé publique n’invite pas les partis d’extrême-droite…

 En Belgique, la télé publique n’invite pas les partis d’extrême-droite…

Marine Le Pen au 20h de TF1 – Avril 2015. MARTIN BUREAU / AFP


 


Sans surprise, le Front national a cartonné aux élections régionales, ce dimanche 6 décembre, et devrait selon toute vraisemblance remporter au moins deux régions dimanche prochain, le PACA et le Nord-Pas-de-Calais où les filles Le Pen sont arrivées largement en tête avec plus de 40% des suffrages exprimés. Il est également bien placé pour décrocher la présidence de la région Grand Est, avec la première place de Florian Philippot (37%)…


 


Bien entendu, il y a les promesses non tenues des partis dits traditionnels qui ont fini par écœurer nombre d’électeurs qui se sont réfugiés dans les bras du parti frontiste. Mais pas seulement… Pour beaucoup d’analystes, les raisons du succès du FN s’expliquent en partie par la passivité des journalistes.


Dans les années 80, Jean-Marie Le Pen était boycotté dans les médias, ses idées avaient donc du mal à être entendues par la masse.  Vingt ans plus tard, la donne a changé et les responsables du FN sont devenus des stars. Les relations entre les journalistes et le parti frontiste semblent en partie s’être normalisées, surtout depuis l’avènement de Marine Le Pen.


En Belgique, non seulement, on ne déroule pas le tapis rouge à l’extrême droite, on a décidé de ne pas l’inviter du tout. Dominique d'Olne, chef des rédactions radio et directeur de l'information de la RTBF, la première chaine belge francophone explique les raisons : 


« Les notions de racisme et de xénophobie sont poursuivies par des lois spécifiques en Belgique. Par exemple, des partis qui prônent la discrimination à l'égard de personnes d'origine étrangère sont sous le coup de cette législation, donc sont considérées comme prônant des valeurs non démocratiques. […] Nous n'invitons pas [ces partis] dans nos débats, nous ne les interviewons pas en direct, nous ne leur donnons pas non plus de tribunes pré-électorales. Par contre, nous sommes journalistes, donc nous ne nous interdisons pas de faire des reportages sur eux ou de faire des interviews en différé ».


Cette règle appelée « cordon sanitaire médiatique » est née d'un constat au sein de la RTBF: « Nous nous sommes rendu compte qu'à force de donner de la visibilité à ces partis, on arrivait à leur renforcement sur la scène politique. […] La loi « pacte culturel » de 1973 nous dit que le service public ne peut pas servir de tribune d'expression pour les partis porteurs de [ces] valeurs non démocratiques.», continue Dominique d’Olne. 


Une méthode à l'opposé de ce qu'on peut voir en France et qui a l’air de bien fonctionner puisque l’extrême-droite a quasiment disparu de l’échiquier politique belge …


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.