« Si Salah s’était appelé Martin… », Elsa Lefort, épouse de l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri

 « Si Salah s’était appelé Martin… », Elsa Lefort, épouse de l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri

Elsa Lefort, porte-parole et épouse de l’avocat franco-palestinien en Palestine Salah Hamouri. Photo : DR

On aimerait vous donner des nouvelles réjouissantes de Salah Hamouri, malheureusement, l’acharnement des autorités israéliennes à son encontre n’a jamais cessé.

 

Depuis vingt ans, elles tentent de détruire par tous les moyens cet avocat franco-palestinien, Français par sa mère, Palestinien par son père, aujourd’hui âgé de 36 ans (voir nos éditions) et qui a grandi à Jérusalem. D’abord en le jetant arbitrairement en prison à maintes reprises, puis en empêchant sa femme Elsa Lefort et ses deux enfants vivant en France de le rejoindre en Palestine.

Dernier épisode en date : après lui avoir retiré son statut de résident permanent de Jérusalem en octobre dernier, les autorités israéliennes viennent de lui suspendre son assurance maladie. Sa femme Elsa Lefort a accepté de répondre au Courrier de l’Atlas.

LCDL : Elsa Lefort, comment allez-vous ? Comment va votre mari ? 

Elsa Lefort : On tente de garder le moral. Avons-nous le choix ? Et puis, vous savez : l’espoir est toujours là quand on sait qu’on fait face à une injustice. On se dit qu’un jour, la roue tournera. Salah a été arrêté pour la première fois à 16 ans. Vous vous rendez compte ? Depuis 20 ans, Israël tente de le briser.

Ces deux dernières années, j’ai vu mon mari 20 petits jours … En 7 ans, un an à peine… Mais je ne pleure pas sur mon sort. En l’épousant en 2014, je savais à quoi m’attendre, peut-être pas à tant d’acharnement, c’est vrai. Mais Salah continue à se battre. Il va continuer à soulever tous les leviers juridiques qui lui sont offerts pour faire valoir ses droits. Même si on sait que la justice israélienne n’est pas une justice « normale », comme on peut en trouver dans nos démocraties. Salah ne reniera jamais ses convictions et son engagement.

Pourquoi les autorités israéliennes ont décidé de lui enlever son statut de résident permanent de Jérusalem ? 

Cette décision inique a été prise sous l’égide d’un nouvel amendement à une loi israélienne, passée en 2018, qui stipule que la résidence peut être révoquée à la suite d’une « violation d’allégeance à l’Etat d’Israël ».

Je rappelle que Jérusalem est un territoire occupé depuis 1967, et que les personnes, comme mon mari, qui vivent sous occupation ne sont pas tenues d’être loyales envers la puissance occupante.

Où en êtes-vous justement dans vos démarches ?  

En octobre dernier, la ministre israélienne de la Justice a annoncé que Salah allait être expulsé de Jérusalem à vie, qu’il allait perdre son statut de résident permanent. Il va donc déposer un recours devant la Cour suprême israélienne. En attendant la réponse, Salah est confiné à Kafr Aqab, un quartier arabe de Jérusalem mais qui se trouve du côté palestinien.

Salah ne peut donc pas aller travailler à Jérusalem, il est avocat. Il ne peut même pas non plus se rendre en Cisjordanie occupée où les check-points israéliens sont légions. Ses déplacements sont très limités dans un minuscule périmètre.

Que compte faire votre mari si ses recours n’aboutissent pas ?

Salah ne partira pas de lui-même. Il est chez lui à Jérusalem. Il ne peut pas être un étranger sur sa terre, il n’a pas à se soumettre à une décision qui émane d’une puissance occupante et qui n’a aucune légitimité.

Comment expliquez-vous l’acharnement des autorités israéliennes à son égard ? 

Les autorités israéliennes se servent du cas de mon mari pour faire peur aux autres Palestiniens. Elles disent : regardez, il est Français, et ça ne le protège pas. Donc réfléchissez bien avant de vous engager contre l’Occupation. Si mon mari représentait un danger véritable, il aurait été jeté en prison 20 ans.

Les autorités israéliennes sont clairement dans une logique de nettoyage ethnique en Palestine et en particulier à Jérusalem. Tout est fait pour que les Palestiniens partent. Selon l’ONG israélienne B’Tselem, depuis l’annexion de la ville par Israël en 1967, 15 000 Palestiniens ont perdu leur résidence à Jérusalem.

Quid des autorités françaises ? 

Depuis de nombreuses années, elles répètent qu’elles sont pleinement mobilisées pour que Salah mène une vie normale à Jérusalem et pour que sa famille, mes enfants et moi, puissent vivre à ses côtés.

Ce sont, d’une part, des déclarations « hors-sol », pas un Palestinien ne mène une existence normale à Jérusalem ! Et d’autre part, on aimerait moins de déclarations, et plus d’actes. On attend toujours les résultats de leurs déclarations …

Comment expliquez-vous cette « timidité » des autorités françaises ?  

Elles nous disent souvent qu’avec Israël, il faut faire les choses de manière discrète. Avec d’autres pays, elles savent hausser le ton. Ça fait 20 ans que mon mari se fait harceler par les autorités israéliennes en toute impunité. Il faudrait peut être passer à la vitesse supérieure ? Si la France ne hausse pas le ton, c’est qu’il n’y a pas de volonté politique derrière.

Je ne pourrais pas m’enlever de la tête que si Salah s’appelait Martin, il y aurait eu peut-être un autre traitement à son égard.

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.