Coronavirus- Premier jour avec la famille Aït-Raïss

 Coronavirus- Premier jour avec la famille Aït-Raïss


Comme toutes les familles françaises, les Aït-Raïss, habitants de Saint-Ouen (93400) sont confinés depuis ce mardi 17 mars à la maison. Nous avons joint au téléphone Sophia, maman de 3 filles et d’un 1 garçon.


Quelle a été votre réaction en apprenant le confinement à la maison ? 


Depuis jeudi, c’était panique à bord ! J’avais compris que c’était inévitable. J’avoue être tombée de ma chaise en apprenant la nouvelle. Je me suis alors dit que je ne m'en sortirais jamais surtout que mon mari, agent de propreté à la communauté d’agglomération, a été réquisitionné par son boulot. 


Comment s’est passée cette première journée ? 


En fait, c’est la seconde journée pour nous ! On a commencé hier (NDLR: lundi 16 mars). On s’est organisés dès ce week-end pour que ce soit vivable. On a d’abord fait du tri dans les jouets, mis de côté ceux avec lesquels mes enfants ne joueront pas. Puis, c’était au tour des ordinateurs, des livres. Créer des espaces pour qu’ils aient envie de s’occuper et de travailler. Malheureusement pour le premier jour, le lundi donc, il y a eu un gros bug sur le réseau Internet, donc les enfants n’ont pas pu avoir accès au blog de la classe. Heureusement que j’avais prévu les galères informatiques en achetant des cahiers intégrant le programme. Lundi après-midi, on a pu travailler deux heures. Les plus grands, 10 ans et demi, 7 ans et demi, sont assez autonomes. Heureusement qu’ils m’aident en s’occupant aussi un peu de ma 3e fille qui a 3 ans et demi. La dernière, Nawel, 4 mois, demande une vigilance à tout instant. 


Et aujourd’hui ?


C’était un peu plus simple ce matin. Les institutrices avaient communiqué en détail par courriel le travail à faire. Les supports sont importants car les enfants ont besoin de repères. En tant que parents, on a peur de mal faire, ou d'interférer dans les méthodes de travail des instituteurs pour la suite. Puis, on a pu sortir deux fois « en mode récréation », juste en bas de la maison. On a même pu faire une petite course en trottinette, en faisant le tour du pâté de maison. 


On a pu parler aussi et leur expliquer que la situation nous oblige à tous faire des efforts on leur apprend la frustration du coup … … à part les petits tours de patte de maison on peu  s'aérer sur la terrasse tout le monde n’a pas cette chance


Prenez-vous la menace du Coronavirus au sérieux ? 


Pour être honnête, au début pas vraiment. Parce qu’on avait le droit de faire des choses, comme se balader, aller au cinéma, etc…  Nous n’avions pas vraiment de restrictions. La donne a changé. Désormais, les obligations de confinement nous obligent à prendre au sérieux le Coronavirus. Nous craignons comme tout le monde une réelle propagation. 


Vos enfants vous posent-ils des questions ?


La télé n'est jamais branchée sur les chaines d’informations. Ils n'ont donc pas de questions sur ce qu’ils pourraient voir ou entendre « médiatiquement ». Avec mon mari, on a dû leur expliquer, après en avoir entendu parler à l’école. Je leur avais mis des gels désinfectants dans leurs cartables. Un enfant a besoin de se dépenser en moyenne 4 kilomètres par jour. 


Il faut donc les contenir. 


 Êtes vous néanmoins confiante ? 


J'étais confiante, je ne le suis plus. Je me demande comment il est possible de stopper cette pandémie. Je suis inquiète mais j'essaie de garder mon calme surtout quand je suis avec mes enfants et de positiver. 


Quelle leçon devrions-nous tirer du Coronavirus ? 


Nous devrions être tous un peu plus humbles. Nous aurions dû en quarantaine depuis la déclaration de la pandémie. On a eu cette impression de promenade de santé au départ. Ça a sûrement favorisée les contaminations.

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.