Kader Salmi, cet autre héros pas reconnu

 Kader Salmi, cet autre héros pas reconnu

Kader Salmi


Il y a les héros reconnus et les autres, ceux dont l'acte reste confidentiel. Kader Salmi est un Algérien de 28 ans. Il est arrivé en France il y a quatre ans. Comme nous vous le rapportions dans nos colonnes, il aurait sauvé en février dernier 19 personnes à Montreuil (93), alors que leur immeuble prenait feu. Huit familles, 19 personnes, dont sept enfants. Il les aurait sorties une par une, comme ont témoigné plusieurs voisins.


Et pourtant, il n'a été célébré nulle part. Est-ce dû au fait que personne n'était là pour filmer ? Alors que la France entière rend hommage aujourd'hui, comme il le mérite, à Mamoudou Gassama, un Malien sans papiers qui a risqué sa vie, samedi dernier, pour sauver un bébé qui risquait de tomber du 4ème étage d’un immeuble parisien, Kader Salmi se sent un peu oublié.


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"Je n'ai toujours pas été reçu par le maire de Montreuil", se plaint-il. "J'ai entendu parler d'une solidarité entre les habitants mais pas forcément du sauvetage des dix neuf locataires par un seul homme", précise de son côté Florian Vigneron, maire-adjoint en charge des solidarités.


Dans l'entourage du maire, pour justifier une certaine "prudence", on explique que les pompiers n'ont ni "confirmé, ni infirmé l'acte héroïque de Kader". "On va essayer d'y voir plus clair", promet toutefois l'entourage du maire. Les voisins de Kader saluent tous son courage.  "C'est le héros de l'immeuble, martèle Abderahim. On n'oubliera jamais ce qu'il a fait pour nous tous".


Vous semblez un peu amer ?


Oui. Je ne cherche pas la célébrité mais j'avoue être un peu triste. Je n'ai pas aidé tous ces gens pour recevoir des félicitations, mais c'est vrai qu'un appel du maire m'aurait fait tout de même plaisir. Je pense que c'est humain de vouloir ça. 


Comment expliquez-vous un tel silence ?


Je ne sais pas. Il aurait peut-être fallu que mon acte soit filmé, qu'il fasse le buzz sur les réseaux sociaux. Il y aurait eu alors un emballement médiatique et sans doute, le maire aurait réagi… Pourtant, je l'ai croisé il y a quelques semaines à Montreuil où il a promis de me contacter. J'attends toujours son appel. 


Pourquoi attendez-vous une reconnaissance ?


C'est vrai que je pourrais me contenter de celle de mes voisins. Ils continuent trois mois après l'incendie à me remercier. Si j'ai décidé de m'exprimer aujourd'hui c'est parce que j'aime que les choses soient justes et elles ne le sont pas. 


Propos recueillis par Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.