Les étrangers ont jusqu’à 38 % de chances en moins de louer un logement, selon une enquête

 Les étrangers ont jusqu’à 38 % de chances en moins de louer un logement, selon une enquête


Une personne avec un nom de famille étrangère a jusqu’à 38 % de risques de se voir refuser l’accès à un logement, selon une campagne de testing menée par l’association SOS Racisme en Ile-de-France. Les résultats accablants ont été présentés mardi lors du colloque « Discriminations raciales au logement : ça suffit ! ». 


L’association a testé 775 annonces de location immobilière en région parisienne en envoyant chaque fois plusieurs candidatures avec des noms aux consonances délibérément typées : français, maghrébin, asiatique, ultramarin et subsaharien. Tout comme pour la campagne similaire lancée par le Collectif Kif Kif à Lille, les résultats sont éditifants.


« C’est le profil ayant des origines françaises anciennes qui a obtenu le plus de retours positifs (proposition de rendez-vous ou demande de pièces complémentaires afin d’accéder au rendez-vous) avec 17 % de retours positifs, le profil asiatique a reçu 15 % de retours positifs, le profil maghrébin a reçu 12 % de retours positifs et les profils d’Afrique subsaharienne et d'outre-mer tous deux 11 % de retours positifs », synthétise le rapport.


En d’autres termes, « un profil asiatique a 15 % de chance en moins d'avoir un logement qu'une personne d'origine française ancienne, une personne d'origine maghrébine a 28 % de chance en moins et une personne ultramarine ou d'Afrique subsaharienne a 38 % de chance en moins », explique SOS Racisme. Quand on connaît les tensions sur le marché de la location en Ile-de-France, partir avec un handicap de près de 40 % c’est énorme », souligne Dominique Sopo, le président de l’association.


Cette discrimination est quasi systématique s’agissant de biens mis en location directement par leurs propriétaires, avec un taux de discrimination atteignant 87 %. Le chiffre retombe légèrement, mais reste très élevé (68 %) pour les biens proposés par les agences immobilières, peut-être plus sensibles au risque juridique d’une discrimination trop voyante. En effet, la campagne de test s’est arrêtée à l’obtention de rendez-vous et ne permet pas d’étudier l’éventuelle discrimination dans le reste de la démarche de location d’un logement. L’association pointe toutefois Era Immobilier et Guy Hoquet comme les deux réseaux d’agences étant les plus susceptibles d’accepter les conditions discriminantes de leurs clients propriétaires.


SOS Racisme réclame le lancement d'une campagne de sensibilisation sur les discriminations raciales au logement. « On ne peut pas se contenter des déclarations ponctuelles de tel ou tel responsable politique », insiste auprès du Parisien M. Sopo.


De leur côté, deux des principaux sites de mise en relation entre bailleurs et locataires, Le Bon Coin et Particulier à Particulier (PAP), ont affirmé à France Inter qu’ils sont attentifs à cette problématique. « Un système de signalement a été mis en place. Une information est délivrée aux propriétaires, via nos newsletters et des vidéos. Mais cette question des discriminations est avant tout culturelle, c'est une lame de fond contre laquelle nous ne pouvons lutter seuls », s'est défendue Corinne Jolly, présidente PAP.


Rached Cherif


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Mohamed C.