Montreuil : l’artiste Rasheed Daci interrompu alors qu’il chantait en arabe

 Montreuil : l’artiste Rasheed Daci interrompu alors qu’il chantait en arabe

Rasheed Daci arrête son concert à Montreuil


Rasheed Daci a attendu plus de dix jours avant de s'exprimer. "Je n'aime pas réagir sous le coup de l'émotion" lâche le chanteur. Déçu de n'avoir pas obtenu les explications qu'il avait demandées, il décide de rendre publique l'affaire.


Tout commence ce samedi 24 mars. Dans le cadre de la semaine nationale d'éducation contre le racisme et l'antisémitisme, il est invité à venir chanter à Montreuil (93) dans le jardin de l'hôtel de ville. D'autres artistes sont également prévus.



Sa première chanson "Louange" est entièrement en arabe. "Elle rend hommage à Dieu et à son prophète", explique Rasheed, habillé ce jour là d'un sweat orné des trois symboles des trois religions monothéistes.



Dès les premières paroles, Malika Latrèche, chargée de l'organisation de l'événement se serait agitée dans tous les sens. "Elle a commencé à me faire des signes de la main pour que j'arrête de chanter, raconte l'artiste. J'ai fait comme si je ne la voyais pas".


A l'issue de ce premier morceau, – Rasheed Daci a prévu trente minutes de concert – Malika Latrèche se serait approchée de lui. "Elle m'a dit que je n'avais pas le droit de chanter cette chanson. Je lui en ai demandé les raisons. Elle m'a répondu qu'on "est dans une collectivité et qu'elle a des responsabilités politiques", commente le jeune homme.



"Cette chanson est une chanson d'amour. Il n'y a aucun message de haine. Ce n'est pas non plus du prosélytisme. C'est juste du gospel arabe. Quand on chante du gospel en anglais ou en français, ça ne dérange personne", dénonce Rasheed,  rappelant au passage que "la laïcité ce n'est pas la haine des religions mais la liberté de croire et de ne pas croire".



Pour lui, le comportement de Malika Latreche est "inadmissible". "C'est un comble que cela arrive dans le cadre de la semaine contre le racisme", ironise Rasheed, qui ne comprend pas un tel agissement.



"Mes compositions et mes titres sont portés à la connaissance de toutes et de tous. Un album est disponible en vente sur les plateformes de téléchargement, comportant l'ensemble de mon répertoire", rappelle Rasheed.



Malika Latrèche lui aurait demandé ensuite si il avait d'autres chansons dans son répertoire. "J'ai préféré arrêter mon concert. Je ne voulais pas être empêché de chanter au moindre mot arabe prononcé", lâche-t-il amer.


"C'est la première fois que cela m'arrive. L'année dernière, devant la Basilique de Saint-Denis, tout un symbole, j'ai interprété Louange et le public était ravi", se souvient Rasheed.


Apparemment, celui de Montreuil l'était aussi. "Ils m'ont beaucoup applaudi. Dommage, cela aurait pu être un beau concert".


Contactée plusieurs fois, Malika Latrèche n'a pas daigné nous rappeler.


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.