Yitzhak Rabin, la balle qui a tué la paix

 Yitzhak Rabin, la balle qui a tué la paix

Le président américain Bill Clinton aux côtés de Yasser Arafat et Yitzahk Rabin alors qu’ils se serrent la main pour la première fois, le 13 septembre 1993 à la Maison Blanche à Washington DC, après avoir signé les accords historiques d’Oslo entre Israël et l’OLP sur l’autonomie palestinienne dans les territoires occupés. (Photo de J. DAVID AKE / AFP)

Il y a 30 ans. 4 novembre 1995. Tel-Aviv. Trois coups de feu, et c’est tout un espoir qui s’écroule.
Yitzhak Rabin, Premier ministre d’Israël, vient d’être abattu par Yigal Amir, un étudiant juif ultranationaliste persuadé de sauver son pays en éliminant celui qui parlait de paix.

Yitzhak Rabin prononce son dernier discours devant des dizaines de milliers d’Israéliens lors d’un rassemblement « Pour la paix – Contre la violence » à Tel-Aviv, le 4-11. 90 minutes plus tard, il est assassiné par Yigal Amir, qui est arrêté sur place. ANDRE BRUTMANN / AFP

Deux ans plus tôt, Rabin avait fait ce que personne n’imaginait : serrer la main de Yasser Arafat à Washington, sous le regard de Bill Clinton. Les accords d’Oslo devaient amorcer l’autonomie palestinienne, le retrait partiel de l’armée israélienne, la reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine). Une page s’ouvrait, fragile mais historique.

Rabin n’était pas un rêveur. Ancien chef d’état-major, héros de la guerre des Six-Jours, il connaissait la violence mieux que quiconque. Mais il avait compris que la sécurité ne naîtrait jamais des chars. « Nous sommes condamnés à vivre ensemble », avait-il dit à la Knesset. Cette phrase, pour beaucoup, sonnait comme une révolution.

Le problème, c’est qu’en Israël, cette révolution dérangeait. L’extrême droite le traitait de traître. On le caricaturait en nazi. Benjamin Netanyahu, alors chef de l’opposition, défilait dans des manifs où on brandissait des cercueils à son nom. La haine montait, jusqu’à cette nuit du 4 novembre. Trois balles. Fin de l’histoire.

L’Israélien Yigal Amir, assassin du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, sourit dans la salle d’audience de Tel Aviv le 20 novembre 1995 (Photo : PATRICK BAZ / AFP)

Le lendemain, les Israéliens pleuraient. Le monde aussi. Mais la politique, elle, n’a pas pleuré longtemps. En 1996, Netanyahu est élu Premier ministre. Oslo se vide de son sens. La colonisation reprend. La méfiance aussi. Le rêve d’un État palestinien s’enfonce dans le sable et ne s’en relèvera plus.

Trente ans plus tard, le constat est implacable : la vision de Rabin est enterrée sous les checkpoints et les colonies. Les dirigeants qui ont suivi ont préféré les calculs électoraux aux risques politiques. Et aujourd’hui, avec plus de 70 000 morts palestiniens à Gaza depuis 2023 et une Cisjordanie à feu et à sang, la paix paraît plus lointaine que jamais.

Rabin n’était ni un saint ni un naïf. Mais il avait compris quelque chose que beaucoup refusent encore d’entendre : sans État palestinien, il n’y aura jamais de paix. Juste des murs, des morts et des discours.

Trente ans plus tard, la balle tirée place des Rois d’Israël continue de résonner. Elle a tué un homme. Mais elle a surtout tué une idée : celle que deux peuples pouvaient partager la même terre autrement que par la haine.

 

 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.