Edito.Un concentré insensé de l’histoire ?

crédit photo : Eric Feferberg/AFP

Comme l’actualité est trop déprimante en ce début d’­année, ­parlons livres. Dans une enquête passionnante au titre lourd de sens, La Communauté (Albin Michel), Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, grands reporters au Monde, nous plongent dans les rues populeuses de Trappes, cette banlieue fascinante qui a vu grandir Omar Sy, Nicolas Anelka, Sophia Aram, La Fouine, Shy’m, ­Benoît Hamon et Jamel ­Debbouzze. 

Qu’est ce qu’on retient de ce récit ? Un reportage au scalpel enrichi par de fascinants témoignages et anecdotes vécues par des Français et des Françaises comme tous les autres, confrontés au chômage, à la drogue et du manque de débouchés. Que du banal. Bien sûr qu’il y a de la ­violence, bien sûr que les radicaux sont passés par là, mais pas plus qu’ailleurs.

Bien sûr, la stigmatisation de la deuxième génération d’enfants d’immigrés “qui paraît hésiter entre deux avenirs : s’intégrer ou s’affirmer” a poussé nombre de ces jeunes dans les bras du radicalisme mais pas plus qu’ailleurs. Dans l’église du quartier, le prêtre, apparemment bien inspiré a accroché au mur un grand planisphère “où chaque membre de cette paroisse de 650 fidèles plante une aiguille à l’endroit de son lieu de naissance”.

Double culture, double richesse

On est loin des banlieues explosives de Zemmour et des scénarios catastrophes à la Houellebecq. La leçon qu’il faudra peut-être retenir de ce récit passionnant, c’est que la France a raté le coche avec les banlieues, en refusant d’en faire des lieux de transition, des tremplins pour l’ascension sociale qui fait du bien à tout le monde. Quand on parle de double culture, on pense tout de suite à ces ­binationaux qui ont un petit plus par rapport “aux Français de souche”. Cette double identité, beaucoup d’entre eux en ont fait un atout plutôt qu’une faiblesse. Cette double culture est donc au final une double richesse, pour soi certes, mais aussi pour les patries en question, celle d’où l’on vient et celle où l’on réside. Autrement dit “si tu ne sais pas d’où tu viens, tu ne sauras pas où tu vas”.

Les choses se compliquent...

Trappes, c’est un peu la mauvaise conscience de la classe politique française. Pour les journalistes, “c’est un concentré insensé de l’histoire contemporaine avec des interactions avec les événements ­internationaux”. Et un bon point pour les communistes qui avaient réussi, à une certaine époque, à faire de la ville un espace de convivialité bâti autour de valeurs communes. Depuis, on a remplacé tout ça par des images véhiculées à satiété par la gauche qui a fait des “Arabes” de France, “les damnés de la terre” de l’Hexagone et pour la droite, “la cinquième colonne” du grand remplacement rêvé par Daech et ses filiales.

Les choses se compliquent quand ces mêmes binationaux revendiquent l’appartenance à une religion ; une spiritualité qui n’a rien à voir avec le terrorisme même si ce dernier a sans doute quelque chose “à voir” avec une certaine conception de l’Islam. Les attaques de l’extrême droite (et le silence de la droite) ont fini de braquer une partie de cette population qui a préféré se réfugier dans une conception très identitaire de la religion éloignée des valeurs de la République. Ce qui révèle le vrai visage de la droite, à savoir une islamophobie ­primaire sous couvert de lutte contre le radicalisme et de défense de l’égalité des droits et des sexes. 

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