Île-Saint-Denis. La conductrice voilée est en garde à vue pour outrage et non apologie du terrorisme

 Île-Saint-Denis. La conductrice voilée est en garde à vue pour outrage et non apologie du terrorisme

Une photo montrant l’interpellation de la femme voilée par les agents de la police


Mohamed Gnabaly, le maire de l’Île-Saint-Denis ne décolère pas. « Il faut arrêter de raconter n’importe quoi. Il n’y aucune affaire d’apologie du terrorisme. Samia ne portait pas de burqa comme j’ai pu lire sur certains articles, mais un voile. Il s’agit juste d’un contrôle routier qui a mal tourné, comme cela arrive parfois », insiste le premier édile.


Le maire appelle à la « vigilance ». « Il ne faudrait pas que la situation s’envenime. On a déjà notre lot de polémique toute cette semaine ».  Mohamed Gnabaly a fini par joindre le commissaire de Saint-Denis. Il lui a affirmé que la jeune femme était « en garde à vue pour outrage et non pour apologie du terrorisme ».


20H15 ce vendredi soir, il y a beaucoup de monde sur la route, aux abords du Pont de l’Île-Saint-Denis (93). Samia, 35 ans, a rendez-vous chez sa grande sœur pour dîner. Elle est légèrement en retard. 


La conductrice et sa C3 noire dépasse alors la file de voitures en empruntant la voie de tramway, comme l’a indiqué au Courrier de l’Atlas un témoin présent sur les lieux. Quatre policiers l’arrêtent. Le ton monte très vite.


Selon la police, « elle n'aurait pas voulu montrer ses papiers d'identité ni descendre du véhicule ». « Elle a refusé le contrôle et a insulté les policiers, elle a proféré des paroles faisant l'apologie du terrorisme, puis incité les passants à l'émeute », indique dans un tweet la préfecture de police de Paris. Une version que conteste vivement plusieurs témoins.


« Une jeune fille était dans sa voiture. Les policiers lui ont demandé de sortir mais elle ne voulait pas sortir. Alors un policier l’a sortie de force. La jeune femme criait : « Lâchez-moi. Lâchez-moi ». Mais je n’ai entendu aucune insulte de sa part ou des policiers, ni aucune parole évoquant le terrorisme ou même la religion », affirme Alidor, rencontré à sa sortie du commissariat de Saint-Denis où il est venu déposer son témoignage.


Isabelle Mouréreau conseillère municipale à l’Île-Saint-Denis a aussi assisté à une partie de la scène. Comme Alidor, elle a décidé de venir de son propre chef au commissariat. « J’étais chez moi quand j’ai entendu un bruit et un petit cri. Je ne savais pas ce que c’était. Ce n’est que plus tard que j’ai appris que c’était un coup de feu et qu’un chien avait été abattu. Au début, j’ai pensé que c’était peut-être quelqu’un qui s’était fait agresser. J’ai ouvert la fenêtre et j’ai vu alors trois flics qui entouraient une personne, puis ils l’ont forcée à monter dans la voiture. C’était assez violent même si personne ne frappait personne. Je n’ai entendu aucune insulte. La jeune femme criait juste « Lâchez-Moi ». Pour moi, il n’y a pas eu d’altercation  entre cette jeune femme et la police parce que quand des jeunes parlent fort, j’entends tout ».


Quelques minutes plus tard, l’élue demande des informations à la police. En vain. « Un grand policier m’a juste demandé de me pousser. Il m’a dit « On a juste fait notre travail. On a été attaqué par un chien et on a tiré ». 


David, qui souhaite garder l'anonymat, a filmé une partie de ce qu'il s'est passé. Sa vidéo est devenue virale sur les réseaux sociaux. On voit une interpellation agitée. On entend des cris de femme, puis une détonation retentit. « Les policiers ont fait sortir le chien qui aboyait. Il faisait quelques pas, mais il n'était pas menaçant ».


« Le chien n'était pas un molosse. C'est un labrador de 6 mois. Il n'a pas obligation de porter de muselière", précise Nadia la grande sœur de Samia, montrant la fiche d'identité de la bête ».


La garde à vue de Samia a été prolongée ce samedi parce que selon une source proche du dossier, « d’autres témoins et une confrontation avec les policiers doivent avoir lieu ». 

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.