Ivry-Sur-Seine. La plaque pour les victimes du massacre de Sétif vandalisée

 Ivry-Sur-Seine. La plaque pour les victimes du massacre de Sétif vandalisée

Mehdy Belabbas


Dans la nuit de mercredi à jeudi (11 juillet), la plaque en hommage aux victimes algériennes des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata a été vandalisée Place du 8 mai 1945 à Ivry-Sur-Seine (94). C’est la seconde fois qu’une telle chose arrive. La plaque avait été inaugurée par le maire le 8 mai 2017.


Le 8 mai 1945, à Sétif, dans le Nord-est de l’Algérie, Bouzid Saâl, un jeune scout, brandit un drapeau algérien. Car si le défilé célèbre la participation d’environ 150.000 Français d'Afrique du Nord au conflit, pour une partie des Algériens, il s’agit aussi de réclamer la libération de leurs leaders nationalistes. Le jeune homme est tué par le coup de feu d’un commissaire de police. C'est l'émeute et le début d'une répression très violente.


Mehdy Belabbas, élu écolo, et maire adjoint aux finances est scandalisé par cet "acte lâche", mais il n'est pas abattu. "A chaque fois que la plaque sera souillée, on entrera en résistance et on la remettra en état ", promet-il.  


LCDL : C’est la seconde fois que la plaque est vandalisée…


Mehdy Belabbas : Oui. La première fois, c’était la veille de la commémoration, le 7 mai 2019. Ils avaient collé des autocollants avec l’inscription : « L‘Algérie c’est ton pays ? Retournes-y ! ». On ne pensait pas qu’ils recommenceraient.


Cette fois-ci, c’est plus grave. La plaque a été taguée et ils ont même essayé de la rayer. Cette plaque dérange. ll y a encore des nostalgiques de l’Algérie française. A Marseille, il y a aussi une plaque similaire et chaque année, elle est dégradée. 


Allez-vous retirer la plaque ? 


Certainement pas ! Cette plaque a été inaugurée le 8 mai 2017 et nous en sommes très fiers. Il était écrit dessus : « En Hommage aux victimes des crimes coloniaux et des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata le 8 mai 1945 ».


Le 8 mai 1945, ce sont deux dates, celle de la libération de la France, la fin du nazisme, mais pendant qu’on célébrait la victoire des Alliés, de l’autre côté de la Méditerranée, l’armée française tuait des Algériens parce qu’ils avaient osé arborer le drapeau algérien, celui de l’indépendance.


A chaque fois que la plaque sera souillée, on entrera en résistance et on la remettra en état. Pas question de mettre une caméra. Il s’agissait d’une plaque modeste : elle ne fait que 30 cm sur 20 cm. Nous allons peut-être lancer une souscription afin d’en faire une, plus grande, afin qu’elle soit plus visible. 


Vous dites qu’il est important d’accepter toute notre histoire….


Effectivement. Les parts de lumière mais aussi les parts d’ombre. Il n’y a que quand toute l’histoire est apaisée que tout le monde peut accepter sa place dans ce pays. 


Bien sûr qu’il faut dépasser les conflits historiques afin de construire un avenir commun mais il est important de reconnaître le mal que les uns ont pu faire aux autres. S’il n’y a pas cette reconnaissance, il ne peut avoir de réconciliation.


 

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.