Fauves de Wadji Mouawad, les brûlures de la guerre et de l’amour

 Fauves de Wadji Mouawad, les brûlures de la guerre et de l’amour

Fauves de Wadji Mouawad


Ce jeudi 6 juin, la grande salle parisienne du théâtre de la Colline est quasiment pleine. Il faut dire que ce soir, se joue Fauves, la nouvelle pièce de Wajdi Mouawad, le boss du lieu, qui a quitté le Liban en pleine guerre à l'âge de 8 ans, avant de passer par la France et le Québec, le metteur en scène connu pour ses pièces à succès, comme Incendies, Tous des oiseaux…


Voilà maintenant trois semaines que le public se rue en masse chaque soir pour admirer cette fresque chorale aux rebondissements multiples. Et ce malgré les mauvaises critiques de nos confrères : Télérama, Le Monde ou La Croix ont moyennement apprécié,  jugeant le nouvel obus de Mouawad, trop long, excessif, pas assez réaliste… Nous, on a aimé Fauves.


D’emblée, on est ravi de voir autant de jeunes. Et aussi un public mélangé. C'est rarement le cas au théâtre… Fauves est une pièce accessible, cela ne veut pas dire qu’il s’agit d'un spectacle bas de gamme. Au contraire, la pièce brille par son excellente mise en scène, son fabuleux jeu d'acteurs, ses changements de décors millimétrés… L'histoire est prenante, crédible, le récit est bien ficelé.


Avec Fauves, on ne voit pas le temps passer. La pièce dure pourtant 4 heures, entracte compris.  On le sait bien : au théâtre, plus qu'au cinéma, le Théâtre, quand c’est chiant, c’est l’Enfer ! Dans Fauves, on ne s’ennuie jamais, on rigole souvent malgré la dureté de l’histoire.


Hippolyte Dombre, un cinéaste au sale caractère découvre que sa mère, morte il y a peu, a été mariée simultanément à deux hommes. Il apprend aussi que son père n’est pas son père, que le vrai daron  un certain Mr Providence, ça ne s'invente pas, vit au Québec.


La suite de l'histoire est moins marrante, à base de viol, d’inceste, et de trahisons. Le tout au sein de la même famille… On n'en dira pas plus pour ne pas spoiler la pièce.


A noter la performance de la comédienne palestinienne Lubna Azabal qui interprète ici magistralement deux rôles à la fois, celle de Nimrah et Agnès.


Fauves, comme Incendies raconte la tragédie d’une famille empoisonnée par les non-dits, par les secrets. Fauves, comme Incendies, tient de la saga, de la quête initiatique et de l'enquête. La pièce s'embrase de toutes les brûlures, celles de la guerre et celles de l'amour. Comme dans Incendies, malgré les malheurs, la vie continue… 



Au théâtre de La Colline à Paris, jusqu'au 21 juin. 

Création, texte et mise en scène de Wadji Mouawad

Avatar photo

Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.