Allemagne – Mesut Özil quitte la sélection nationale en raison du « racisme »

 Allemagne – Mesut Özil quitte la sélection nationale en raison du « racisme »

Le milieu de terrain allemand Mesut Özil quitte la sélection nationale en raison du « racisme ». Luis Acosta / AFP


"Je suis allemand quand nous gagnons, mais je suis un immigrant quand nous perdons." Ces mots sont de Mesut Özil, milieu offensif de la sélection nationale allemande. Ce dernier a promis de ne plus jouer avec la Mannschaft aussi "longtemps qu'il ressentira du racisme" à son égard. 


Dans un long texte publié en trois parties sur son compte Twitter ce dimanche 22 juillet, le joueur d'origine turque a expliqué les raisons de son départ.


"C'est avec un cœur lourd et après beaucoup de réflexion que, à cause des événements récents, je ne jouerai plus pour l'Allemagne de matches internationaux aussi longtemps que je ressens du racisme et du manque de respect à mon égard", écrit le joueur d'origine turque dans un long texte publié en trois parties sur son compte Twitter.


Tout démarre pour lui quand il pose avec le président turc Recep Tayyip Erdogan  

La photo a été prise juste avant le Mondial 2018 lors d'un gala de charité en pleine campagne électorale turque. 


Özil a assuré que son geste n'avait "aucune intention politique". "Comme beaucoup de gens, mes racines ancestrales ne recouvrent pas qu'un seul pays. J'ai certes grandi en Allemagne, mais mon histoire familiale a ses racines solidement basées en Turquie. J'ai deux cœurs, un allemand et un turc", s'est justifié alors le milieu de terrain d'Arsenal. 


Plus grande diaspora turque au monde, la communauté d'Allemagne compte 3 millions de personnes, dont 1,4 million d'électeurs pouvant voter en Turquie. "Il ne s'agissait pas de politique ou d'élections, mais de respecter la plus haute fonction du pays de ma famille", a souligné Mesut Özil. 


Le cliché pris avec Erdogan avait valu au joueur de lourdes critiques, surtout après l'élimination précoce des champions du monde 2014 dès la phase de groupes en Russie. Certains observateurs l’ont accusé de manquer de loyauté envers l'Allemagne, le manager de la Mannschaft Oliver Bierhoff allant même jusqu'à affirmer "qu'il aurait fallu envisager de se passer d'Özil" pour le Mondial.


Pour Özil, c'est surtout l'absence de soutien de la Fédération allemande (DFB) qui l'a poussé à s'en aller : "Lors de ces deux derniers mois, ce qui m'a le plus peiné est le mauvais traitement que m'a infligé la DFB et son président Richard Grindel".


"Alors que j'ai essayé d'expliquer à Grindel mon héritage, mes ancêtres et, par conséquent, lui faire comprendre les raisons qui m'avaient amené à prendre cette photo, il était plus intéressé par le fait de parler de ses propres positions politiques et de rabaisser mon opinion", a encore écrit Özil, qui a inscrit 23 buts en 92 sélections.


"Je ne servirai plus de bouc émissaire [à Grindel] pour son incompétence et son incapacité à faire correctement son travail", a ajouté le joueur de 29 ans. Et d’ajouter : "Aux yeux de Grindel et de ses soutiens, je suis Allemand quand nous gagnons, mais je suis un immigrant quand nous perdons."


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.