Avec son docu « Ouvrir la voix », Amandine Gay libère la parole des femmes noires

 Avec son docu « Ouvrir la voix », Amandine Gay libère la parole des femmes noires

Ouvrir La Voix


Deux heures de blablas et pourtant il n'y a pas une minute où on s'ennuie. Avec son documentaire "Ouvrir la voix" qui sort ce mercredi (11 octobre) au cinéma, Amandine Gay frappe un grand coup. 


"Ça n'a pas été simple de le sortir en salle", lâche, les traits tirés, Amandine Gay, à l'issue d'une des nombreuses avant-première à laquelle on a pu assister. Pour son premier long film, elle est à la fois réalisatrice, productrice, distributrice, chargée de com, attachée de presse… Tout faire toute seule a été un véritable  chemin de croix pour elle, mais c'est sans doute le prix à payer aujourd'hui pour être libre, surtout quand on aborde ce genre de sujets…


Dans "Ouvrir la Voix", Amandine Gay s'est donc fait plaisir. Et nous a donc fait plaisir par ricochet. Enfin un documentaire où les gens disent ce qu'ils pensent. Sans retenue. Tout est dit sans filtres et sans complexes. Leurs mots ne sont pas choisis pour plaire à l'élite française, blanche et masculine.


24 femmes noires, belges et françaises, – elles auraient pu être arabes, le résultat aurait été sensiblement le même, racontent face caméra, souvent en plan serré, leurs expériences.


Tout y va : le paternalisme dont elles sont constamment victimes, la manière dont on les infantilise  (exemple:  leurs cheveux sont tripotés par des inconnus), leur hypersexualité supposée, (t'es noire donc t'es forcément une bête de sexe), leur invisibilité dans les médias et au cinéma, (quand elles sont choisies, elles sont cantonnées à des rôles caricaturaux), le racisme qu'elles subissent dès l'école où elles sont orientées vers des seconds choix, (parce que quand t'es noire, t'es forcément moins capable de faire sciences-po), considérées comme françaises de seconde zone quand elles ont à répondre de leurs "origines", mais aussi le rapport de chacune à la religion (catholique, musulmane ou juive) ou le statut des lesbiennes dans la communauté noire. 


Un film à voir absolument pour mieux comprendre la société actuelle. C'est en libérant la parole de celles et ceux qu'on n'a pas l'habitude d'entendre qu'on progresse tous ensemble…


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.