Pavillons-sous-bois : un pizzaïolo reçoit une menace islamophobe

 Pavillons-sous-bois : un pizzaïolo reçoit une menace  islamophobe

Lettre de menace anonyme reçue le 2 avril 2016 par Walid Ben Harzallah


 


Samedi 2 avril, vers 10h, Walid Ben Harzallah, 35 ans au compteur, arrive comme chaque matin à sa pizzeria située dans la ville des Pavillons-sous-bois (93), dont il est le propriétaire, depuis septembre 2015. Et comme chaque matin, cet ancien chauffeur de bus de la Ratp ouvre sa boîte aux lettres. Pour la première fois, il y découvre une curieuse lettre anonyme, avec quelques petites fautes d'orthographe. 


"Vous pouvez vous les foutre au cul vos pizzas halal de merde. Tout le monde sais que c'est avec le blanchissement de l'argent de la drogue que vous ouvrez ces putains de pizzerias. Sales Arabes. Islamistes. Religion de dégénérés impuissants. Allez les vendre chez Daech".


"J'avoue que sur le coup, j'ai été estomaqué", explique Walid. "J'ai été choqué. J'aurais jamais pensé que ça pouvait m'arriver. J'ai vécu ça comme une agression. J'ai souvent vu ou entendu à la télé des gens qui racontaient ce qu'ils avaient vécu. Mais là, c'était réel. C'était à mon tout d'être victime", continue le jeune homme, papa de 3 enfants. 


Walid décide finalement de rendre publique sa mésaventure parce qu'il trouve important qu'on dénonce ce genre de pratiques. "Beaucoup préfèrent se taire", regrette-t-il. "Mais si on ne dit rien, on montre qu'on a peur".



Avec un peu de recul, Walid n'est pas très étonné d'avoir reçu une telle lettre. "C'est le climat actuel qui veut ça. Déjà avec Sarko, on sentait l'islamophobie grandir dans notre pays. Valls et sa bande n'ont fait qu'aggraver la situation", se désole le jeune homme. "La haine du musulman atteint des sommets en France", précise-t-il.



L'adjoint au maire des Pavillons-sous-bois a prévu de rendre visite au jeune entrepreneur. Walid a également contacté le CCIF (Collectif contre l'islamophobie en France), qui promet de donner suite à son affaire. 



Malgré le choc, Walid n'a nullement l'intention de changer quoi que ce soit dans sa vie. "Je n'ai pas peur pour mon intégrité physique. Je n'ai pas peur de ces fascistes. S'ils viennent, je saurai les recevoir", promet-il.  "Bien sûr, avec bienveillance", conclut-il avec le sourire. 


 


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.