Après la Saint-Valentin, la Française mariée et enceinte d’un Palestinien, ne pourra plus rentrer à Jérusalem

 Après la Saint-Valentin, la Française mariée et enceinte d’un Palestinien, ne pourra plus rentrer à Jérusalem

Elsa Lefort


 


Comme un symbole. Le jour de la Saint-Valentin, le 14 février prochain, c'est-à-dire dans un peu moins de 10 jours,FElsa Lefort, une française de 33 ans, originaire du Val-de-Marne, mariée depuis mai 2014 à Salah Hamouri, un Franco-Palestinien emprisonné en Israël pendant 7 ans, ne pourra plus voyager en avion, parce que son état ne le lui permettra plus.


 


Elsa doit accoucher en mars prochain. "Le lieu de naissance de notre enfant n’est pas anodin, compte tenu du statut très spécifique des Palestiniens de Jérusalem-Est, statut que possède Salah, mon époux. Si notre enfant ne peut pas naître comme prévu à Jérusalem, il n’aura pas le même statut que son père et pourra à son tour, être empêché d’entrer dans son pays", précise lucide Elsa. 


Les ennuis ont commencé pour elle début janvier. Elsa décide avec son mari de venir passer les fêtes de fin d'année auprès de son papa qui vit toujours en région parisienne.  Elle a obtenu quelques mois auparavant  (en octobre 2015) un visa dit de "service" délivré par les autorités israéliennes, parce qu'elle est employée par le consulat français. Son "visa épouse" lui avait été refusé quelques mois auparavant. Elsa fait appel de la décision, comme le prévoit la loi israélienne. "Cet appel étant suspensif, j’étais tout à fait en règle au regard des autorités et des lois israéliennes", détaille Elsa. Un visa valable jusqu'en octobre 2016, censé lui garantir sa liberté de mouvement.



Début janvier, plus précisément le 5, elle atterri à Tel Aviv.  "J'ai été placée directement à mon arrivée en détention car ils prétendaient un défaut de visa", explique-t-elle.  48h dans "des conditions précaires, surtout pour une femme enceinte". Expulsée vers la France, Elsa et ses proches préférent garder le silence. Jusqu'au 18 janvier 2016 où le premier communiqué est publié. "On espérait que les choses s'arrangeraient très vite", raconte Elsa. "Les accusations de « dangerosité » et même de « terrorisme » étaient tellement farfelues". 



En réalité, les ennuis d'Elsa sont juste un moyen pour les autorités israéliennes de s'en prendre à son mari Salah Hamouri. A 19 ans, celui qui est alors étudiant est arrêté par l'armée israélienne.  On lui reproche d'avoir eu l'intention d'assassiner un rabbin et d'appartenir au FPLP, considéré comme un mouvement terroriste par Israël. "Il a toujours dit qu'il était innocent, clame Elsa Lefort, et son appartenance supposée au FPLP n'a jamais été prouvée", précise-t-elle. Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères au moment des faits, finira par admettre que le dossier d'accusation était vide



A sa sortie de prison, les déboires de Salah Hamouri ne se sont pas arrêtés pour autant. Deux arrêtés militaires émanant de l'armée israélienne sont pris contre lui en 2015, lui interdisant de se rendre dans les territoires occupés palestiniens. L'empêchant ainsi de finir son cursus d'avocat : Salah Hamouri avait repris des études de droit et son université se trouve près de Ramallah.



Contacté, le Quai d'Orsay qui dit "suivre de très près l'affaire", sans donner plus de détails, semble incapable pour l'instant de faire infléchir les autorités israéliennes, seules capables de débloquer la situation. "Je nourris encore l'espoir qu'on va me laisser retourner auprès de mon mari, à Jerusalem, dans la ville où je suis installée depuis plus d'un an maintenant pour pouvoir donner naissance à notre enfant", dit Elsa avec sobriété. "S'il y a une volonté politique claire et convaincue de la part des autorités françaises, tout est possible", conclut-elle. 


Nadir Dendoune

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Nadir Dendoune

Nadir Dendoune est journaliste, chroniqueur, écrivain et réalisateur. Il collabore à la rédaction web du Courrier de l’Atlas, où il publie des chroniques et des récits mêlant engagement social, regard critique et expérience personnelle. Né à Saint-Denis de parents algériens, il s’est fait connaître du grand public par son parcours atypique et ses défis hors normes. Aventurier autodidacte, il entreprend un tour du monde à vélo avant de gravir l’Everest sans expérience préalable de l’alpinisme. Cette ascension donne naissance à son livre Un tocard sur le toit du monde (2010), récit autobiographique devenu un succès d’édition et adapté au cinéma en 2017 sous le titre L’Ascension.Auteur engagé, Nadir Dendoune explore dans ses ouvrages les thèmes de l’identité, de l’immigration et des fractures sociales. Dans Lettre ouverte à un fils d’immigré, il s’adresse à la jeunesse issue des quartiers populaires et interroge les déterminismes sociaux. Avec Journal de guerre d’un pacifiste, il revient sur son arrestation en Irak en 2003 alors qu’il servait de « bouclier humain », livrant un témoignage personnel sur la guerre et l’engagement. Il publie également Nos rêves de pauvres (2017), récit intime consacré à son père et à l’histoire de l’immigration algérienne en France.Son travail journalistique et littéraire se caractérise par une écriture directe, incarnée et accessible, nourrie d’expériences vécues. À travers ses chroniques et ses livres, il questionne les rapports de pouvoir, les inégalités sociales et la possibilité de s’affranchir des assignations.Au sein du Courrier de l’Atlas, il contribue au développement éditorial numérique et apporte une voix singulière, à la croisée du récit autobiographique, de l’analyse sociale et du témoignage engagé.